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12/03/2014

Thiago Motta, le sheriff de l'ombre de la Ville Lumière

530f656135708d729d83ca0b.jpgIl n'a ni la puissance de Zlatan, ni les courses de Matuidi, ni l'élégance de Thiago Silva, et encore moins le culot de Verratti. Par contre, il fait la loi dans l'entrejeu parisien. À la découverte du marshall de Paname.


S'il avait connu Thiago Motta au moment de lancer les castings de son chef d'œuvre, Sergio Leone aurait sans doute épargné pas mal d'argent. Parce que Motta, c'est le bon, la brute et le truand rassemblés dans un même corps. Le bon, celui capable de régaler ses équipiers à coups d'ouvertures, de passes dans l'intervalle et de remises en un temps. La brute, celle qui joue des coudes et des semelles pour préserver son territoire et sa défense. Et le truand, évidemment. Celui qui ira marchander avec l'homme en noir dès que la douce mélodie du sifflet arrivera à ses oreilles. Un western spaghetti à lui tout seul, avec deux coupes aux grandes oreilles en guise d'étoiles sur le poitrail et une paire de Mizuno dans les étriers. Portrait.

 

Terre brésilienne, sang italien

 

L'histoire de Thiago Motta, c'est un peu une assiette de spaghetti dégustée sur un air de samba. Le Brésil accueille ses premiers pas, mais c'est l'Italie qui coule dans ses veines. Avec une telle généalogie, le petit Thiago ne pouvait naitre qu'en 1982. Le 28 août, soit un mois et vingt-trois jours après le triple coup de poignard planté dans le dos du grand Brésil de Socrates et Zico par le redoutable Paolo Rossi.

 

Motta voit donc le jour à Sao Bernardo do Campo, dans l'état de Sao Paulo et dans une famille arrivée d'Italie un petit siècle plus tôt. Rapidement, la Juventude frappe à la porte de la famille Motta, et le petit Thiago enfile le maillot vert et blanc pour taquiner ses premiers bouts de cuir d'une patte gauche déjà bien aiguisée. Un don pour caresser le ballon qui attire les gros poissons de l'autre côté de l'Atlantique. Llorenç Serra Ferrer pose ses yeux sur le pied gauche et le passeport européen de Motta, et l'amène en Catalogne pour lui faire parapher un contrat avec le més. Nous sommes en 1999, Thiago Motta a 17 ans, et il est à la Masia.

 

 

Des Néerlandais à Barcelone

 

Comme tous les enfants endoctrinés aux méthodes de Cruijff et à l'art de la passe redoublée dans l'usine à champions du FC Barcelone, Thiago Motta est sommé de prendre pour exemple l'un des joueurs de l'équipe fanion, et d'observer ses moindres mouvements en direct tous les quinze jours sur la pelouse du Camp Nou. L'heureux élu des yeux de Motta est un Batave au physique un peu lâche et au regard de folie qui lui permet de lire le jeu comme personne. Oui, Thiago se tape des heures de Philip Cocu.

 

Motta passe de longs mois au centre du dispositif du Barça B, avant d'être sorti de l'anonymat par Charles Rexach, alors installé sur le banc du més. Le calendrier affiche le 3 octobre 2001, et le Brésilien fait ses débuts au cœur du jeu blaugrana face à Majorque. Un poste qu'il occupe de plus en plus souvent, grâce à sa polyvalence, ses bons pieds et son passeport binational. Au fil des rencontres, Motta devient le brise-lames du més, chargé d'éteindre les vagues adverses devant sa défense.

 

Dans l'entrejeu catalan, Thiago Motta poursuit son parcours dans l'ombre, se distinguant plus par sa queue de cheval que par ses bons pieds au milieu d'une équipe qui poursuit son ascension jusqu'à aller conquérir la Coupe aux grandes oreilles au Stade de France en 2006. Un triomphe qui porte la griffe d'Eto'o, Ronaldinho et Deco, et que Motta admire du banc, barré par un Mark Van Bommel qu'il n'égale pas encore à l'heure de ratisser les ballons et les chevilles avant de tailler une bavette avec l'arbitre dans le rond central.

 

 

Mort à Madrid, résurrection à Gênes

 

Un an plus tard, Thiago quitte Barcelone pour Madrid et l'Atlético. Malheureusement pour lui, il portera la vareuse des Colchoneros presque plus longtemps lors de sa conférence de presse de présentation qu'au cours des douze mois qui suivront. La faute à un ménisque du genou gauche abandonné en cours de route, et qui lui laisse à peine le temps de disputer 370 minutes en six rencontres. Assez pour écoper de trois cartes jaunes, mais insuffisant pour séduire la direction locale. En juin, Motta a de nouveau un genou, mais plus de contrat.

 

Thiago tente alors sa chance de l'autre côté de la Manche. Portsmouth l'accueille pour un test, mais l'atactique Premier League n'est évidemment pas faite pour l'homme de méninges qu'est l'Italo-brésilien. La mauvaise publicité du correspondant de Sky en Espagne fait le reste: Motta est un joueur "plus souvent blessé que fit, relax à l'entrainement, amoureux éperdu de la vie nocturne et enclin à voir rouge dans les moments-clé." Merci, au revoir.

 

C'est alors que Gênes lui tend les bras. Le président Preziosi et son entraineur Gasperini déterrent Motta en septembre, et lui font signer un contrat de quatre ans au Genoa. Ce n'est pas la Toscane, mais la Ligurie est tout de même l'endroit tout indiqué pour une renaissance. Débuts victorieux en octobre contre Sienne, premier but dix jours plus tard face à Cagliari. Thiago s'amuse dans le 3-4-3 du Gasp', où il fait office de placement garanti pour ses équipiers: quand tu es dans la merde, donne donc la balle à Motta. Il ne la perdra jamais.

 

 

Le commando de Mourinho

 

Épargné par la poisse, le médian éteint ses adversaires et allume la lumière vers Milito, avec des passes dans l'intervalle en guise de projecteurs. Son doublé contre la Juve est le point d'orgue personnel d'une saison stratosphérique, qui verra le Genoa pratiquer le plus beau jeu de la Botte et échouer à la différence de buts particulière dans la course à la Ligue des Champions. Qu'importe, Motta et Milito se battront de concert pour atteindre le toit de l'Europe. José Mourinho est amoureux, et ramène le duo en même temps que Sneijder, Lucio et Eto'o au Meazza. Le mercato le plus fou de la Pazza Inter.

 

Thiago dépose sa carte de visite aux pieds de la Curva Nord en ouvrant le score dans le derby surclassé 4-0 par le régiment de Mourinho. En janvier, Pandev rejoint l'opération commando, qui file vers un triplé historique à coups de contres en rafales et de tirs de précision de Wesley "Sniper", bien épaulé par son duo de nettoyeurs Motta-Cambiasso.

 

Sur l'avant-dernière marche vers les sommets, l'Inter rencontre le Barça. Les Nerazzurri livrent un récital au match aller et marchent sur le Barça. Une démonstration de force honnie de la mémoire collective à cause du match retour, où les hommes de Mourinho sont réduits à dix suite à la rencontre entre Thiago Motta et son double maléfique, Sergio Busquets. Un nouveau Motta biberonné aux préceptes guardiolesques et aux vidéos de Mark Van Bommel qui se cache le visage pendant que Franck De Bleeckere sort le bristol rouge devant un Motta pris à son propre piège. Mourinho joue les maçons portugais et bétonne devant son rectangle, ses hommes balancent les ballons sans but, à part les envoyer le plus loin possible du leur. L'Inter tient bon. L'Europe hurle à l'anti-football pendant que laGazzetta consacre il Muro di Gloria.

 

 

Motta d'Italia

 

Une deuxième Ligue des Champions remportée du mauvais côté de la ligne de touche plus tard, Motta regarde le Mondial sud-africain à la télé. Il voit Felipe Melo faire honte à la Seleçao et les vecchi de Lippi se prendre les pieds dans le tapis slovaque, avant d'entamer sa deuxième saison d'interista sous la direction de Rafa Benitez.

 

L'après-Mourinho tourne au fiasco pour une Inter dont la gueule de bois se prolonge après l'ivresse instantanée mais intense des sommets. Motta fait partie de ceux qui maintiennent le cap au centre d'un navire bleu et noir redressé par Leonardo pour finir par gratter la Coppa au nez et à la barbe du superbe Palermo du Flaco Pastore en fin d'exercice. L'une des seules éclaircies dans une saison grise, avec la victoire honorifique au Mondial des clubs et la première sélection dans le noyau de Cesare Prandelli pour une rencontre amicale face à l'Allemagne.

 

Une convocation qui finira devant la FIFA, la faute à 37 malheureuses minutes disputées avec les U23 brésiliens contre le Mexique à l'occasion d'une Gold Cup où les enfants de la Seleçao étaient cordialement invités en 2003. Match officiel ou non? La FIFA tranche dans le sens de Motta, et Thiago choisit son sang italien pour gratter une place dans le groupe de Prandelli à l'Euro polono-ukrainien.

 

 

Un talisman à Paname

 

À Milan, Motta retrouve son mentor Gasperini, recruté par Massimo Moratti pour succéder à Leonardo. Retrouvailles éphémères, puisque le Gasp' paie cash un début de saison catastrophique et cède à Ranieri sa place sur un siège de coach qui n'a décidément rien à envier au siège passager d'une DB9 de James Bond. En quête d'un nouveau défi, Thiago est courtisé par un PSG mis à la sauce qatarie. Leonardo est en charge du recrutement parisien, et veut Motta pour son entrejeu en fin de saison. Excité par le défi, l'Italien supplie Moratti par sms de le laisser partir dès janvier. Le "oui" présidentiel acte la rupture. La Curva Nord pleure sa pièce maitresse pendant que la France se demande pourquoi Paris met des millions sur un joueur qui fait mieux parler les coudes que les pieds.

 

Paris ne connait pas encore Motta, et le temps passé à l'infirmerie par l'homme aux Mizuno ne l'aide pas à sortir de l'ombre des stars pailletées du nouveau PSG. Les débuts de Thiago à Paname sont marquées par une course-poursuite ratée derrière le Montpellier de Giroud et Belhanda, puis un Euro terminé par une blessure pathétique en finale, trois minutes à peine après sa montée au jeu, laissant ses dix équipiers prendre le bouillon face à l'Espagne. Surtout, cette année là, Motta a été battu à Lille le 29 avril. Près de deux ans plus tard, c'est toujours sa seule défaite en Ligue 1. Il joue peut-êtres des coudes, mais avec un talisman autour du cou.

 

Toujours pas épargné par la poisse, Thiago ne joue que quinze rencontres dans le 4-4-2 champion de Carletto. Pour une seule défaite, en Coupe de France face à Évian. Mais ce sont Laurent Blanc, son 4-3-3 et son amour de la circulation qui sublimeront à nouveau l'Italien. Entre le culot de Verratti et les courses folles de Matuidi, Motta gratte des ballons, n'en perd aucun et régale son secteur offensif à coups d'ouvertures dans le dos de la défense adverse. Sans cesser de draguer les hommes en noir lors de têtes-à-têtes destinés à éviter de voir son numéro noté sur un carton.

 

Interrogé par l'Équipe en plein élan poétique, Blaise Matuidi a qualifié son partenaire de l'entrejeu parisien de Monsieur Propre, "parce que tous les ballons qu'il touche, il les lave et te les rend propres". Mais avant de voir sa tronche sur des boites de poudre à lessiver, Motta aimerait sans doute enfin apparaitre en tenue sur la photo d'équipe un soir de finale de Ligue des Champions. Sur un air d'Ennio Morricone, évidemment.

Guillaume Gautier

15:10 Écrit par tackle on web dans FRANCE, ITALIE, PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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