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14/02/2014

On était à Lazio - AS Roma

Le 9 février dernier, la Lazio de Rome "accueillait" la Roma, sa plus grande rivale, pour un match forcément spécial. Retour sur l'ambiance d'un derby inégalable en Italie... et en Europe.


"Vous allez faire quoi à Rome ? Voir le derby ?! Pas d'écharpes, pas de signes distinctifs ! Il y a beaucoup de fascistes, faites attention !". Monica, rencontrée dans un bus nous menant vers l'avion d'une compagnie irlandaise à bas prix, pose sur nous un regard alarmé. Cette trotskyste auto-proclamée, Romaine depuis plusieurs générations, nous prodigue de précieux conseils et en profite pour se remémorer une rencontre entre la Lazio et l'AC Milan à laquelle elle a assisté dans les années 80. "Je me souviens que dès que Ruud Gullit touchait le ballon, des cris de singes émanaient des tribunes. J'aurais voulu ne plus avoir d'yeux, ni d'oreilles, mamma mia !" Gloups. On s'attend donc au pire, à deux jours du match considéré comme l'un des plus chauds d'Italie.

 

Il faut dire qu'au delà de la réputation sulfureuse des supporters de la Ville éternelle, les deux clubs se haïssent. A côté, la rivalité Standard - Anderlecht parait bien pâle. "Comparer la Lazio à la Roma, c'est comme comparer les Belges et les Français, ça n'a rien à voir", nous explique Giorgio, fan de la première heure. "Dès la naissance, le supporter de la Lazio est différent", poursuit celui que nous rencontrons aux abords du Stadio Olimpico le jour du match. "Cela peut briser des familles ! C'est un véritable combat de tous les jours entre les deux camps". Un peu lyrique, le Giorgio ? Demandez-lui donc ce qu'il pense de la saison de la Roma, actuellement deuxième de de la Serie A, alors que son club reste bloqué dans le ventre mou du classement, à la 9e position. "Ils sont mieux classés que nous ? Et alors ? On soutiendra chaque équipe susceptible d'empêcher la Roma d'atteindre son but. On peut toujours les flinguer", rétorque-t-il, geste à l'appui. Son fils préfère tempérer les ardeurs du padre en le sommant de se calmer. "Quels que soient les résultats, on reste Laziale", ajoute sereinement Constanza, la fille.

 

 

 

La Roma, cette bâtarde

 

Un regard sur le palmarès des deux équipes ne permet pas de les départager. L'AS devance légèrement sa rivale, mais la plupart des trophées sont l'apanage des clubs du nord de la Botte. Pour se distinguer de leurs ennemis, les Laziali pointent la naissance de leur club. "Nous sommes le premier club de Rome", rappelle Giorgio, toujours autant en verve. "Il a été fondé en 1900, nous savons où et quand. Le club est né sur la Piazza della Libertà". Un point les bleu et blanc. La Roma n'est née que vingt-sept ans plus tard. "Ce n'est pas une Louve, c'est une chienne bâtarde. Elle est née en 1927, mais les supporters eux-mêmes ne savent pas trop dire dans quelles circonstances."

Une différence de taille qui confère une certaine noblesse à la Lazio, selon ses partisans. "Ici, on dit que nous avons la peau blanche, mais le sang bleu, à l'image des couleurs du club, car les quartiers qui supportent l'équipe sont considérés comme les endroits nobles de la capitale, comme le quartier Prati ou Parioli." Est-ce pour cela que l'on trouve beaucoup plus facilement de fan-shops de la Louve dans le centre-ville que l'inverse ?

 

Paolo Di Canio, "saluant" ses supporters à l'issue d'un derby houleux - © AFP

 

 

A quelques heures du derby tant attendu, on discerne véritablement l'antagonisme qui existe entre les deux camps. L'origine sociale, la naissance du club, la moindre de ces composante représente un terrain sur lequel les fans peuvent guerroyer. Parfois avec une violence extrême. Trop ? Certains le penseront. Au-delà des débordements physiques, la Curva nord de la Lazio se distingue également par ses relents fascistes. Le salut d'un Paolo Di Canio hystérique après la victoire des siens en 2005 est encore dans les mémoires. Là aussi, les deux clubs sont différents. Alors que la Lazio traîne quelques casseroles d'extrême-droite, la Roma se montre plus ouverte. Mais pas forcément plus tendre.

 

"Ce derby, c'est le plus spécial du pays", indique Giorgio, décidément très loquace au moment d'évoquer son club de coeur. "Cela me rappelle le Palio de Sienne(NdlR: il s'agit d'une course hippique popularisée au début de la Renaissance, où s'affrontaient les quartiers de la prestigieuse cité toscane). Personne ne peut comprendre ce que nous vivons, pas même les Génois ou les Milanais." Il est temps de savourer enfin cette rencontre dont on devine qu'on ne sortira pas indemne.

 

 

 

 

Four ou barbecue ?

 

Le jour J, stupeur: il faut être au stade dès midi alors que le coup d'envoi n'est donné qu'à 15h. En route vers la station Mancini, on entend déjà des "Totti vaffenculo"proférés par de très peu avenants messieurs en Caterpillar et lardés d'écharpes bleu ciel. Ambiance... Enfin, on s'approche de l'Olimpico, sorte de Colisée des temps modernes avec ses 80.000 sièges. Parmi les pèlerins en route vers leur lieu de culte, on retrouve de tout. De la gentille mamy accompagnée de ses deux fistons à lait-girl "dolce&gabbana-isée", en passant par les hipsters barbus. Tout en s'approchant de la terre promise, on croise Fabio et Fabrizio, solides gaillards à la poignée de main aussi fière que ferme. Les deux Laziali ne rechignent pas lorsqu'on leur demande de faire une photo avec leur écharpe, arborant un cinglant "AS Roma merda". Ambiance, encore.

 

H-3 avant la rencontre. Ambiance. - © AH

 

 

Deux heures avant la rencontre, vingt-deux gamins âgés d'une dizaine d'années débarquent au pied des gradins de la Curva nord. La Junior Cup, opposant deux clubs de la région va-t-elle nous permettre de découvrir les talents de demain ? Mouais. Si le jeu n'est pas mauvais, certains ne sont clairement pas les successeurs de Francesco Totti. Mais que cela doit-être grisant pour ces gamins de taper le cuir dans l'antre romaine…

 

Plus que nonante minutes et le combat va commencer. Les premiers "Roma di merda" s'envolent des tribunes. Tout en se chauffant la voix, plusieurs supporters escaladent les vitres de plexi pour rejoindre le noyau dur de la Lazio, sous le regard impassible, voire bienveillant des stewards. Bientôt, les escaliers de sécurité sont remplis de supporters trop heureux d'être au plus près des ultras laziali, mais pas assez téméraires pour risquer l'émasculation pure et simple dûe au périlleux passage de l'autre côté des vitres. D'autres encore se "contentent" de brûler une écharpe de la Roma. En quelques minutes, celle-ci s'est entièrement consumée. De quoi enflammer encore plus un public déjà bien excité.

 

Espérance de vie d'une écharpe de la Roma en pleine Curva nord ? Quelques minutes... - © AH

 

 

Une demi-heure plus tard, la Curva est pleine à craquer. Même constat au sud, où les gradins se sont parés de grenat et d'or. Progressivement, cette tension virile, mêlée à une sauvagerie certaine monte au coeur des gradins. Et c'est parti pour soixante minutes où les drapeaux se hissent des deux côtés du stade, tels les voiles de deux galions parés au combat naval. Les premiers boulets sont tirés lorsque les joueurs de la Roma arrivent sur la pelouse pour l'échauffement. Le stade tremble. Ce n'est rien à côté de ce qui va suivre durant le match.

 

 

 

 

Totti, le demi-Pape de Rome

 

Après un tifo classique, composé de milliers de petits fanions, les choses sérieuses débutent. Durant toute la rencontre, les chants pro-Lazio ou anti-Roma ne cessent pas, pas plus que l'agitation des drapeaux. Sur ceux-ci, on retrouve de tout. De l'aigle laziale à la figure d'une mamma, peut-être la matrone d'un club de supporters. On distingue également le souvenir de ce 26 mai 2013, date à laquelle la Lazio a remporté la Coppa Italia, au nez et à la barbe de sa plus grande rivale. Un sixième trophée acquis grâce à un but de Senad Lulic, sans doute le joueur le plus fêté par la Curva durant la rencontre. A la 71e minute, le Bosnien aura droit à une belle ovation, en souvenir du goal inscrit lors de ce match, encore gravé dans les mémoires (et les coques de GSM) des fans de la Lazio. "Ce derby, personne ne peut nous le reprendre. Le 26 mai 2013, c'est le derby des derbys. Il n'y aura jamais de revanche pour nous. On a gagné la Coupe, c'est tout", nous explique Constanza, la fille de Giorgio.

 

Autour de nous, les supporters vivent à fond le match. Les "stronzo" ("connards", en VF), "putana", "merda" et autres "vaffenculo" fleurissent. Nous restons très discrets sur le fait que nous espérons voir Radja Nainggolan fouler la pelouse pour son premier derby romain. En attendant, le Diable Rouge est sur le banc. Luis Pedro Cavanda n'est pas sur le terrain non plus, pas plus que Lucas Biglia, suspendu. Une triple frustration largement compensée par l'émerveillement suscité par la ferveur déployée par le public.

 

Si je te hais, prends garde à toi - © AFP

 

 

Dès que Totti touche le ballon, une impressionnante bronca se fait entendre. Le capitaine de l'AS Rome est sommé par ses détracteurs de se livrer à une pratique sexuelle anale. Plutôt classique, finalement. Ce qui l'est moins, c'est cette sincérité dans le chef des supporters laziali. Rarement sans doute un joueur n'aura éveillé un tel sentiment de haine pure dans le public. Véritable symbole de l'AS, l'international italien a refusé des dizaines d'offres tout au long de sa carrière pour rester lenumero uno chez lui. Un palmarès et un compte en banque sacrifiés pour l'amour du maillot, voila qui lui vaut un amour inconditionnel de la Curva sud... et d'être vomi par l'ensemble du camp d'en face.

 

L'Olimpico tremble régulièrement sous les coups de pied de plusieurs dizaines de milliers de personne. Soudain, une drôle d'odeur nous titilles les narines. Ce sont les innombrables fumigènes sortis par les Laziali, aux couleurs du club ou du drapeau italien. Définitivement plus impressionnant que ce Standard-Anderlecht d'octobre 2012…

 

 

 

Le match éternel

 

Malgré le soutien de son kop, la Lazio est dans le dur. Durant les dix première minutes, la Roma fait le jeu, squatte le ballon. Les hommes d'Eduardo Reja n'en touchent pas une. Et dès qu'ils parviennent à reprendre le cuir, c'est pour le perdre aussitôt. Maicon s'en donne à cœur joie sur le flanc droit, profitant d'une désorganisation totale de la défense adverse. Les courses sur l'aile d'Antonio Candreva sont la seule éclaircie dans la grisaille laziala. A la 25e minute, coup de tonnerre: Gervinho reprend victorieusement une frappe de Maicon et bat Berisha. C'est le calme plat en tribunes, avant que les Laziali se rendent compte que le but de l'Ivoirien est annulé sur hors-jeu.

 

C'est là que ça commence à déraper... Quelques minutes plus tard, chaque touche de balle de l'ancien ailier de Beveren est "fêtée" par des cris de singes. Comme quoi, malgré leur sang bleu, certains fans de la Lazio devront toujours courir après la noblesse. Mais Gervinho s'en moque. L'attaquant de 26 ans fait ce qu'il veut sur ses flancs. La mi-temps arrive à point nommé pour la Lazio. Non seulement ses joueurs commencent à avoir les méninges qui flambent, mais la pauvreté de leur jeu fait peine à voir.

 

Une ferveur inversément proportionnelle au jeu proposé - © AH

 

 

Les quarante-cinq minutes suivantes ne sont guère meilleures dans le chef de la Lazio. Toujours aux fraises, l'Aigle romain a plus l'air d'un vieux coucou déplumé que d'un prédateur du ciel. Ce qui n'empêche pas ses fans de continuer le combat à coup de chants, d'insultes, de provocations et de pétards. Une ambiance à donner de sérieux frissons, faute de pouvoir s'extasier sur le niveau de jeu. Pas de chance pour nous, ni Cavanda, ni Nainggolan n'interviendront dans ce derby. La dernière étincelle a lieu à la 82e, lors que Francesco Totti cède sa place à Mattia Destro. Là encore, les ondes émises par nos voisins de tribunes sont telles que l'on sent sa chair se détacher des os. 

Au coup de sifflet final, pas d'explosion de joie, pas de huées. Un manque de réaction qui tranche avec les quatre dernières heures passées. Comme un coït interrompu. Par la piètre qualité de jeu offerte par les deux clubs. Il n'empêche, malgré cette fin décevante, l'expérience reste grandiose.

 

Dans le tram qui nous ramène dans le centre de Rome, nous croisons des Laziali, qui ne se privent pas pour entonner des chants injurieux, sans doute à la "gloire" des mamans des Romanisti. Après un nouvel "AS Roma, merda !", une petite vieille qui revient du supermarché ne peut s'empêcher de réagir et de défendre ses couleurs bec et ongles. Décidément à Rome, le football, c'est la guerre.

Aurélie Herman

 


Lazio 0-0 AS Roma Footyroom.com par footyroomcom

15:48 Écrit par tackle on web dans ITALIE, VIDÉOS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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