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12/12/2013

Mitroglou s'est fait maître chez les Grecs

52a9671335701baeda9e6cd6.jpgAvec son regard de folie, ses tatouages et ses buts célébrés à la mitraillette imaginaire, Konstantinos Mitroglou réussit à rendre le foot grec excitant. Une prouesse réalisée au rythme d'un but toutes les 53 minutes. Portrait d'un buteur au sang très chaud.


Nous sommes le mercredi 2 octobre, il est un peu plus de 22h15, et le printemps européen semble déjà être un lointain souvenir pour Anderlecht. Il était pourtant abordable, ce groupe C. Surtout avec cet Olympiacos pas très bandant, que les Mauves pensaient bien pouvoir devancer pour au moins gratter une place en Europa League après l'hiver. Oui, mais ce soir-là, en 72 petites minutes, Konstantinos Mitroglou a donné la nausée à un stade Constant Vanden Stock qui n'en revenait pas de son insolente réussite. Trois semaines avant Ibrahimovic, un autre attaquant au regard de folie avait déjà illuminé le Parc Astrid. Mais contrairement au Suédois, le mitrailleur grec n'a pas eu droit à une standing-ovation de la cathédrale mauve après avoir nettoyé la lucarne de Kaminski. Il ne l'aurait pourtant pas volée.

L'école allemande

L'histoire de Konstantinos "Kostas" Mitroglou, c'est avant tout celle d'une dégaine complètement folle. Un look de spartiate made in Hollywood qui rendrait limite son nom plus crédible entre ceux d'Orlando Bloom et Brad Pitt au casting d'un peplum spielbergien qu'au milieu des meilleurs buteurs européens. Ou des célébrations flingues imaginaires à la main dignes des Expandables de Stallone, mais avec les pelouses du championnat grec comme lieu de tournage. Mitroglou, c'est un bon film d'une heure trente tous les week-ends sur la télé hellène. Sur une chaine que le ministère de l'audiovisuel n'oserait pas fermer pour faire des économies.

Avant ses premières apparitions devant les caméras, Kostas a fait ses gammes en Allemagne. S'il est né à Kavala, au nord-est de la Grèce, c'est chez les Teutons qu'il commence à tâter du ballon rond suite à un exil précoce de la famille Mitroglou. Plus précisément à Neukirchen-Vluyn (à vos souhaits), en Rhénanie du nord, sous les couleurs du SV local. Vu son talent, le bonhomme ne fait pas de vieux os dans sa bourgade du fin fond de l'Allemagne: une petite pige au TuS Preussen Vluyn, un passage éclair par Duisbourg, puis c'est le centre de formation du Borussia Moenchengladbach qui lui tend les bras à l'été 2005.

Chez les Fohlen, le petit immigré grec fait parler de lui sur le terrain et dans les bureaux. À coups de buts marqués avec les U19, Mitroglou hurle de plus en plus fort son envie de recevoir sa chance avec les grands. Des cris qui restent sans réponse, malgré une feuille de route vertigineuse de 38 pions en 35 matches. Pour déposer sa carte de visite sur la table du football européen, l'ambitieux buteur décide donc de frapper un grand coup en Autriche, à l'occasion de l'Euro U19 édition 2007.

Des trophées sur le banc de touche

La Grèce sort de son groupe avec seulement deux buts au compteur (Il n'y a vraiment qu'eux pour faire ça). Des roses plantées par Mitroglou, évidemment. Le buteur au regard de psychopathe fait encore parler la poudre face à sa seconde patrie, l'Allemagne, en demi-finale. La folle épopée grecque s'arrête en finale, face à une Espagne qui, à l'époque, devait se contenter des titres de ses équipes d'âge pour exciter un peu son sentiment national. Avec ses trois buts, "Mitrogoal" en a fait assez pour gratter le titre de meilleur buteur de la compétition (ex-aequo avec Kevin Monnet-Paquet, pas vraiment le même destin…) et attirer l'attention de l'Olympiacos, ténor national depuis le milieu des nineties.

À 19 ans, l'attaquant affiche déjà un petit mètre nonante, un bon 85 kilos et une facilité à dégoupiller des deux pieds, mais sa confiance est aussi élevée que son temps de jeu. Mitroglou monte douze fois au jeu, souvent pour un petit quart d'heure en fin de rencontre, et trouve quand même le temps de claquer quatre buts et de découvrir la Ligue des Champions.

Quand Ernesto Valverde débarque à la tête du club du Pirée en début de saison 2008, juste après l'élimination minable en barrages de C1 face aux Chypriotes de Famagouste, Konstantinos Mitroglou augmente encore son temps libre pour visiter les merveilles antiques d'Athènes. La faute à un coach qui ne croit pas en lui, et à des blessures qui l'écartent des terrains, l'empêchant de marquer plus que deux malheureux buts en sept petites apparitions sous la vareuse rouge et blanche. Mitroglou a 21 ans, il peut déjà ouvrir une salle des trophées dans sa maison, mais la compilation de ses buts tient presque sur un GIF.

Des buts, des flingues et des prêts

L'horizon de Kostas s'éclaircit quand Valverde s'offre une pige à Villareal. Encore sous le choc du miracle chypriote un an plus tôt, les Athéniens s'offrent le coach de Famagouste, un obscur géorgien qui tient tout juste deux mois avant de prendre la porte pour laisser place à Zico sur le banc. Confronté à une avalance de blessures dans son secteur offensif, le Pelé blanc est contraint de placer l'impétueux Mitroglou sur le front de l'attaque. Et Konstantinos lui dit merci avec des buts: des pions contre le Standard et Bordeaux en Ligue des Champions, un doublé dans le derby face au Pana: Mitro fait des guns avec les mains pour célébrer tout ça, mais ce sont bien ses pieds qui flinguent.

Mitroglou marque neuf fois en championnat mais, de l'autre côté de la ville, Djibril Cissé enchaine les buts comme les changements de coupe de cheveux. Le Pana est sacré après cinq ans d'hégémonie desKokkini, tout ça grâce à un mec qui porte des jupes. C'est décidément trop dur à encaisser pour le président Marinakis, qui vire son entraineur pour le remplacer par l'obscur Ewald Lienen. Une élimination de la C1 face au Maccabi Tel Aviv plus tard, c'est Valverde qui fait son retour au stade Karaïskaki. Après six nouveaux mois passés sur le banc, Konstantinos Mitroglou part donc pour un prêt, direction Panionios.

Son histoire d'amour avec l'Istorikos sera brève, mais intense. L'histoire d'un mec qui va voir ailleurs juste pour montrer à sa gonzesse qu'il peut en faire vibrer d'autres. Premier match, et déjà un doublé. Dix matches et six buts plus tard, Mitrogoal revient au Pirée la tête haute, après avoir sauvé son flirt des affres de la relégation. Le hic, c'est que Valverde réussit la prouesse d'être le premier entraineur depuis 2008 à enchainer une deuxième saison à la tête des Kokkini. Kostas est donc une nouvelle fois prié d'aller voir ailleurs.

  

Mitrogoal voit triple 

Ailleurs, c'est l'Atromitos. Un club du ventre mou qui sévit à l'ouest d'Athènes avec un maillot ligné bleu et blanc pas franchement sexy. L'histoire commence par un match d'échauffement, avant un premier but dès la deuxième journée, puis un autre la semaine suivante face à ce Panathinaïkos qu'il aime décidément beaucoup affronter. Ses seize buts emmènent les 10.000 pensionnaires du Peristéri Stadiumjusqu'à la cinquième place du championnat et à une finale de coupe perdue face à … l'Olympiacos.

Qu'importe, à force de le voir charmer le voisinage, le club du Pirée se rend compte que son attaquant vaut quand même le détour. Konstantinos Mitroglou fait donc son retour au casting du multiple champion de Grèce pour la saison 2012-2013. Mais pas encore en haut de l'affiche: Djebbour tient le premier rôle, et Mitroglou celui de la doublure. Mais une doublure qui s'affirme: onze buts en championnat (dont un contre le Pana, évidemment) et surtout quatre en six matches de Ligue des Champions, dont deux contre Arsenal. Suffisant pour qu'Arsène Wenger sorte son calepin pour noter le nom de ce mec qui terrorise ses défenseurs avec son collier de barbe, ses tatouages, son regard de tueur et sa maitise du rectangle. La preuve vivante qu'on peut faire peur à des grands costauds en s'épilant les sourcils.

Incontournable sur la scène grecque, Mitroglou se devait de conquérir l'Europe. Cette saison, il a donc décidé d'enchainer les triplés pour suivre le rythme de Messi et Ronaldo. Le buteur qui n'avait jamais ramené le ballon à la maison après une rencontre en gratte quatre entre le 1er septembre et le 6 octobre, dont un avec des étoiles qu'il ramène de Bruxelles. Cette saison, Mitroglou est vraiment devenuMitrogoal. 22 buts en 18 matches, et une moyenne d'une rose plantée toutes les 53 minutes. Sacré jardinier.

 

Star du mercato hivernal?

Héros d'une partie de la capitale, c'était quand même encore insuffisant pour Mitroglou. Du coup, Kostas a décidé de planter trois buts en 180 minutes contre les malheureux Roumains en barrages pour la Coupe du Monde. Des réalisations célébrées à coups de carabine imaginaire adressés aux supporters adverses, évidemment.

Et puis, Mitroglou s'est blessé. Pas besoin d'en faire des tonnes, il a déjà une bonne partie des grosses écuries européennes à ses pieds. Il faut dire que sa clause libératoire à huit millions d'euros fait saliver: l'Inter, Dortmund, Arsenal et Liverpool se seraient déjà franchement positionnés sur le neuf au regard de folie, et l'Olympiacos semble résigné à le voir filer en janvier. Konstantinos Mitroglou est prêt pour son prochain film. Un long-métrage avec des pieds en forme de bazookas, des filets qui tremblent, des tribunes qui se lèvent et des tirs de mitraillette en direction du bloc des visiteurs. Des tirs imaginaires, évidemment. Il n'y a que vers le gardien que Mitrogoal tire à balles réelles.

Guillaume Gautier

10:56 Écrit par tackle on web dans LES RESTES DU MONDE, PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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