Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

13/11/2013

Islande - Croatie : Peut-on assister à une première historique ?

1216125.jpgDeuxième volet de notre série consacrée aux barrages de la zone Europe en vue de la Coupe du Monde 2014. Place aujourd'hui à une affiche qui aurait pu nous concerner si nos Diables Rouges n'avaient pas terminé premiers de leur groupe de qualification : Islande - Croatie. En cas de succès, les insulaires pourraient tout simplement participer à leur première phase finale d'une compétition internationale. Les Dalmates tenteront de ne pas manquer pour la deuxième fois consécutive le rendez-vous mondial. Dans leur histoire, ces deux nations n'ont croisé le fer qu'à deux reprises avec à chaque fois une large victoire de l'équipe au damier. Mais cette double-confrontation s'annonce pourtant plus serrée que prévu.


Les enjeux

Iceland-011.jpg

Cinq ans après avoir fait l'actualité en raison de la grave crise économique qui l'a frappée et trois ans après avoir enquiquiné le trafic aérien européen avec un volcan au nom imprononçable, l'Islande pourrait refaire parler d'elle sur la scène internationale. Ni pour le dernier film de Dany Boon intitulé Eyjafjallajökull. Ni pour le dernier album de Björk ou de Sigur Ros et tant pis pour les hipsters. Cette fois c'est le football qui est à l'honneur dans ce pays recensant encore 130 volcans en activité.

Les insulaires sont en effet à deux matchs d'une qualification historique pour la Coupe du monde. Une telle performance constituerait une autre première dans l'histoire du ballon rond. Jamais une équipe nationale d'un pays comptant aussi peu d'habitants n'a participé à une phase finale de Coupe du monde. En 2006, la présence de Trinité et Tobago au rendez-vous mondial avait suscité la sympathie. Mais les Caribéens comptaient 1,3 millions d'habitants, soit 1 million de plus que les Islandais. 

Malgré des conditions climatiques souvent difficiles, la Fédération locale peut se targuer de compter 22.000 pratiquants du ballon rond, soit 7% de sa population totale. Entre le Groenland et l'Ecosse, on n'annule pas un match pour quelques flocons de neige et quelques degrés en dessous de zéro.

Depuis sa première participation, en 1974, aux préliminaires de la Coupe du monde, l'Islande a souvent terminé aux dernières places de ses groupes. Pareil au niveau des championnats d'Europe, à l'exception de la campagne pour l'édition 2004 où elle a terminé à la 3e place de sa poule derrière l'Ecosse. A l'époque, la sélection était tirée par quelques joueurs bien connus de notre championnat, les Lokerenois Runar Kristinsson (actuellement entraineur du KR Reykjavik qui avait affronté le Standard lors des barrages de l'Europa League), Arnar Vidarsson (qui évolue au Cercle) et Arnar Gretarsson (actuellement directeur sportif du FC Bruges). Mais la star incontestée était Eidur Gudjohnsen. L'attaquant, considéré à l'époque comme l'un des meilleurs du monde à son poste, évoluait alors à Chelsea. Dix ans plus tard, le fils de l'ancien international Arnor, porte les couleurs du FC Bruges et devrait être du voyage au Brésil si d'aventure sa sélection se qualifiait. Une belle apothéose en perspective.

img_srna_olic.jpg

En juin 2012, la Croatie donnait du fil à retordre aux futurs finalistes du championnat d'Europe. Après avoir accroché l'Italie, elle faisait trembler l'Espagne qui ne devait son salut qu'à quelques miracles de San Iker Casillas. Autant dire qu'une non-qualification ne serait absolument pas comprise du côté de Zagreb. Dans leurs rangs, les Croates comptent quelques joueurs de classe mondial comme Luka Modric (Real Madrid) et Mario Mandzukic (Bayern Munich). Il serait donc dommage qu'ils ne puissent pas rallier Rio de Janeiro en juin prochain. Pour certains joueurs, il s'agit sans doute de leur dernière chance de participation à un tournoi international. On pense évidemment à Stipe Pletikosa (35 ans en juin), Josip Simunic (36 ans), Eduardo (31 ans), Ivica Olic (35 ans) et au capitaine Darijo Srna (32 ans). Des joueurs qui mériteraient une plus belle sortie qu'une élimination sans gloire lors des barrages.

Classée quatrième au ranking FIFA en début de campagne, la Croatie a dégringolé à la 18e place. Une chute qui pourrait se prolonger en cas de revers contre les Islandais. Cela ferait un peu tache pour une sélection qui fut demi-finaliste de son premier mondial en 1998. Depuis, elle n'a plus passé le premier tour lors de ses participations aux éditions de 2002 et 2006. Mais sa réputation est restée intacte. Même si une participation à l'événement reste un exploit pour un pays seulement peuplé de 4 millions d'âmes, la sélection au damier ne peut plus s'en contenter vu son palmarès.

Retour sur les qualifs

 

_70468620_70468614.jpg

Pour en arriver à ce statut de barragiste, l'Islande a d'abord placé un homme d'expérience à sa barre en la personne de Lars Lägerback Sous sa houlette, la Suède s'est qualifiée pour deux Coupes du monde et deux Euro. A l'exception du championnat d'Europe 2008, les Scandinaves sont à chaque fois sortis de la phase de poule. Mais en 2010, les Suédois ne sont pas du voyage en Afrique du sud et Lägerback rend son tablier. Le technicien sera pourtant de la partie au Mondial puisqu'il se retrouve sur le banc du Nigéria. L'expérience ne dure que 5 mois.

Lägerback décide alors de retrouver des contrées plus septentrionales et accepte de reprendre en main la sélection islandaise en 2011. Après une campagne décevante de "qualifs" pour l'Euro 2012, l'Islande se retrouve dans le groupe E des préliminaires pour la Coupe du monde. Elle termine derrière la Suisse, mais devant des nations comme la Slovénie, la Norvège et l'Albanie. Les insulaires ont commencé leur parcours de la meilleure des manières en s'imposant contre la Norvège à domicile. Mais quelques jours plus tard, ils mordent la poussière en terre chypriote.

Le Laugardalsvöllur, le stade national, ne réussit pas trop à la sélection qui s'y incline à deux reprises contre la Suisse et la Slovénie. Cependant, elle voyage très bien. Victoires en Albanie et en Slovénie avant un partage en Suisse qui fera office de déclic. Menés 4-1 à Bâle, les hommes de Lägerback parviennent pourtant à revenir à hauteur des Helvètes grâce à un triplé de Johann Gudmundsson. Forts de cet exploit, les Islandais remportent leurs rencontres à domicile face à l'Albanie et à Chypre avant d'obtenir le point des barrages sur la pelouse de la Norvège.

article-0-18AE629600000578-77_634x414.jpg

Du côté croate, passer à côté d'une deuxième participation consécutive au grand bal mondial du football serait vécu comme un échec retentissant. Les préliminaires ont d'ailleurs laissé des traces le long des rives de l'Adriatique. Le sélectionneur Igor Stimac a démissionné après le revers en Ecosse. C'est désormais Niko Kovac qui sera chargé d'emmener la sélection au damier au Brésil. L'homme aux 83 sélections ne dispose pas de beaucoup d'expérience à ce niveau puisqu'il s'agit de sa première expérience sur le banc. Il devra réinsuffler confiance à un groupe qui a terminé deuxième de son groupe après un calamiteux 1/12.

Le début de campagne avait pourtant été excellent avec notamment un partage à Bruxelles contre nos Diables Rouges. Les Croates ont ensuite tenu la cadence jusqu'à ce 7 juin 2013 où ils vont se faire crucifier par l'Ecossais Robert Snodgrass dans leur stade Maksimir. Pendant ce temps, les Diables Rouges engrangent trois nouvelles unités contre la Serbie. Contre cette dernière, les Croates mordent à nouveau la poussière pendant que Steven Defour et Kevin Mirallas permettent aux Belges de danser sous la pluie de Glasgow.

Au pied du mur à l'occasion du match contre les Diables Rouges, Igor Stimac tente un coup de poker en osant un 3-5-2. Mais un panzer nommé Romelu Lukaku renverse tout sur son passage pendant que Steven Defour, attiré par le parfum de Luka Modric, empêche le stratège local de s'exprimer. Condamnés aux barrages, les Croates s'inclinent une nouvelle fois contre les Ecossais. La suite, on la connait.

Si les Islandais loupent le Mondial, il nous manquera

Gylfi+Sigurdsson+Switzerland+v+Iceland+UEFA+zwt7IlUUKS5l.jpg

Même si Eidur Gudjohnsen a été la star incontestée du football islandais durant la dernière décennie, il n'est cependant plus le fer de lance de sa sélection aujourd'hui. Désormais, c'est Gilfy Sigurdsson, 24 ans, qui est considéré comme le meilleur joueur de l'île. 

Après avoir usé ses premiers crampons au FH Hafnarfjörður, il a parfait sa formation à Breiðablik. A 16 ans, il s'envole pour une autre île, le Royaume Uni, où il tente sa chance du côté de Preston et d'Arsenal. Mais c'est Reading qui est finalement séduit par ce jeune milieu créatif. Au sein de l'Académie des Royals, Gylfi enfile les perles et convainc ses dirigeants de lui offrir un contrat pro. 

Après deux prêts successifs dans des clubs de League One, Shrewsbury Town et Crewe Alexandra, Sigurdsson réalise une saison de feu à Reading. 17 buts et 9 passes décisives en championnat et 4 pions en 6 matchs d'une FA Cup où le club du Berskhire atteint les quarts de finale. Logiquement, Iceman suscite les convoitises de quelques phalanges de Premier League comme Newcastle ou Fulham. Malgré cela, il décide de poser ses valises en Allemagne du côté de l'ambitieux club d'Hoffenheim qui essaie d'attirer à tour de bras quelques promesses du football européen et brésilien. Le coût de la transaction est de 8 millions d'euros.

Gylfi Sigurdsson conquiert rapidement le coeur des supporters de Hoffe bien aidé par une première saison honorable avec 9 roses plantées. La suite est moins heureuse. Contrarié par de nombreux pépins physiques pendant l'avant-saison, Iceman est victime d'une rechute après 6 journées de Buli. A son retour en décembre, son coach Markus Babbel décide de le prêter afin qu'il retrouve ses sensations. Swansea saute alors sur l'occasion et ne le regrettera pas.

Au pays de Galles, le milieu offensif islandais signe des débuts fracassants à l'occasion d'une rencontre Arsenal. Alors que le score est de 1-1, Brendan Rodgers lance son nouveau poulain. Celui-ci fluidifie le jeu et permet aux siens de l'emporter 3-2 avec une passe décisive sur le dernier but. Iceman est devenu Siggy et se sent comme un poisson dans l'eau dans le système prôné par son coach. En 17 matchs, il donne deux assists et enquille 7 pions. Coups francs, frappes lointaines, buts tout en finesse, tout le registre y passe.

Bon dribbleur, bon centreur et bon passeur (84% de passes réussies et 3 passes "clé" par match), Sigurdsson se hisse au même niveau que les meilleurs milieux de terrain de la Premier League. Alors que Brendan Rodgers file du côté de Liverpool, il souffle le nom de Siggy à ses nouveaux dirigeants. Mais le techncien nord-irlandais n'est pas le seul sur le coup. Un certain André Villas-Boas a aussi flashé sur lui et Tottenham rafle la mise pour 8,7 millions d'euros.

Dans le nord de Londres, Sigurdsson doit pallier en compagnie de Moussa Dembélé les départs de... Luka Modric et Rafael van der Vaart. Adepte du 4-3-3 , AVB voit en l'Islandais une sorte de Joao Moutinho, à savoir un joueur capable efficace en perte de balle et capable de fluidifier le jeu en phase offensive, le sens du but en plus. Cependant, l'Islandais glisse sur l'aile lorsque Gareth Bale est repositionné dans l'axe. Dans ce nouveau rôle, Siggy ne déçoit pas, même s'il se montre un peu moins tranchant. Il prend part à 48 rencontres, toutes compétitions confondues et fait trembler les filets à 7 reprises. Propre. 

Avec le départ de Bale cet été, les Spurs ont renforcé leur secteur offensif. Désormais, Nacer Chadli, Erik Lamela et Christian Eriksen sont susceptibles de jouer aux mêmes places que lui. D'abord barré par le Diable Rouge, Sigurdsson a ensuite profité de la blessure de celui-ci pour retrouver sa place sur le flanc gauche. Auteur de quelques buts importants et magnifiques, il semble avoir pris pour l'ascendant sur notre compatriote.

La première sélection en équipe nationale de Gylfi Sigurdsson ne date que de 2010. Désormais, il est l'incontournable meneur d'une sélection où il a déjà marqué 4 goals en 16 sélections. Le record national, pour l'instant détenu par Runar Kristinsson, est de 104 sélections. Il y a fort à parier que le petit maestro parviendra à le battre.

Si les Croates loupent le Mondial, il nous manquera

 

Luka-Modric-Croatie.jpg

Né à Zadar en 1985, dans ce qui s'appelle encore la Yougoslavie, Luka Modric connaît une enfance rythmée par la guerre. Entre les mines, la purification ethnique et les missions de maintien de la paix de l'ONU, il trouve sa vocation dans le football. Formé au  Dinamo Zagreb, il ne parvient pas à décrocher sa place chez les pros. Le gamin de 18 ans n'en a cure. "Celui qui peut jouer dans le championnat de Bosnie, peut jouer n'importe où", affirme celui qui ne mesure qu'1m74 comme un certain Gheorghe Hagi. Il effectue ses débuts au Zrinjski Mostar. Une saison, 22 matchs, 8 buts et il devient le meilleur joueur du championnat bosnien qu'il quitte dans la foulée pour revenir au pays du côté de l'Inter Zapresic. Modric lui offre la 2e place juste derrière le Dinamo Zagreb. Fort d'un titre de "meilleur espoir croate de l'année", il revient dans son club formateur par la grande porte.

Son nez bizarre, ses cheveux blonds au vent et sa créativité lui valent un surnom : le "Cruyff des Balkans". Un sobriquet auquel il s'empresse de faire honneur en apportant le titre à ses nouvelles couleurs. Ses prestations séduisent le sélectionneur Zlatko Kranjcar qui le prend dans ses valises pour le Mondial allemand. Le petit prodige prend part à deux rencontres et séduit les observateurs. Malgré la cour de grandes formations, il préfère confirmer du côté du Dinamo. En 2008, le natif de Zadar fait le grand saut et s'envole pour Tottenham pour 22 millions d'euros, un record pour le club londonien.

Très rapidement, il devient la plaque tournante des Spurs avec 151 rencontres disputées en 4 saisons. Mais le Cruyff des Balkans veut gagner des titres, le seul fait d'arme de Tottenham n'étant qu'une finale de... Coupe de la Ligue. Maigre.

Il régale les observateurs lors de l'Euro 2012, notamment lors de la rencontre contre l'Espagne. C'est justement la capitale de ce pays qu'il rejoint le même été pour 40 millions.

La première saison est loin d'être une réussite. Malgré quelques coups d'éclat, il se contente plus souvent d'être la doublure de Xabi Alonso ou Mesut Özil. Cette saison, l'arrivée d'Isco n'était pas censée favoriser son éclosion. Mais l'hype de Malaga, après des débuts réussis, est depuis lors rentré dans le rang. Tout profit pour le petit maestro de Zadar qui espère devenir incontournable à l'ombre de Santiago Bernabeu.

En attendant de remporter d'autres trophées avec les Merengue, Modric espère dans un petit coin de sa tête mener sa sélection nationale aux mêmes sommets que la génération 1998. Un défi de taille qu'il ne pourra remplir qu'à condition de sortir l'équipe au damier du piège glacé islandais.

Le pronostic

662513-fbl-wc2014-scoltland-croatia.jpg

Si l'on s'en tient à la qualité des noyaux, on imagine mal les Croates passer à côté de leur objectif. Plus expérimentés, les Dalmates vont peut-être bénéficier du vrai-faux choc psychologique d'un nouveau sélectionneur. Ils devront cependant se méfier de ces Islandais qui n'ont rien à perdre et ont montré qu'ils s'exportaient pas mal.

Ca tombe bien, la manche retour se disputera au stade Maksimir de Zagreb. Une enceinte qui n'a pourtant plus rien du volcan qu'elle a été ces dernières années. Même si ça ne dérangerait pas les insulaires du nord de l'océan Atlantique qui s'y connaissent en la matière.

Difficile cependant de les voir venir à bout des Croates. On mise sur une victoire croate 2-3 à Reykjavik et un 2-2 au retour. Parce que vu que les deux défenses sont loin d'être les plus fringantes de la zone Euro, on devrait voir les filets trembler.

Fabien Chaliaud

10:19 Écrit par tackle on web dans International, MONDIAL 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.