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21/10/2013

Débrief tactique: Le coup de Mazzu

526581f73570dfa007838e2a.jpgPour la deuxième fois consécutive, le 4-4-2 du Standard a trouvé son maitre. Analyse du plan presque parfait de Felice Mazzu et de la réplique rouche. 


Sans doute refroidi par l'averse de buts subie lors de son déplacement à Anderlecht, Felice Mazzu a décidé d'être moins naïf dans son approche du faux derby dominical. L'espace de nonante minutes, et surtout des quarante-cinq premières, l'enfant du Pays noir est devenu l'enfant du Tableau noir, remportant avec maitrise la première moitié de sa partie d'échecs face au remuant Guy Luzon.


Au moment où les compos tombent, la chose semble entendue: Mazzu est venu pour défendre. Cinq briques pour cimenter la défense carolo qui doit se dresser comme un mur devant les Rouches, avec Ederson juste devant pour fermer les angles de passe entre la ligne médiane et l'attaque adverse. Charge aux quatre éléments offensifs d'exploiter au mieux les rares ballons à leur disposition. Du moins, c'est ce qu'on croyait.
 
En face, la défaite au Essevee ne change pas les plans du Standard. Guy Luzon change les ingrédients, mais pas la recette: Carcela, Stam, Ben Haim et Öztürk sont dans le onze et sont chargés, comme tous les autres, d'alerter le plus souvent et le mieux possible les bombes Ezekiel et Batshuayi.
 
 
 
L'enfant du tableau noir

D'entrée de jeu, Charleroi prend le contrôle du match. En perte de balle, la tactique des Zèbres ressemble à un 5-4-1 positionné très bas. "L'idée, c'était de ne pas donner trop de profondeur aux deux attaquants", nous expliquera Felice Mazzu après la rencontre. Et ça marche: la défense centrale zébrée remporte avec brio ses trois contre deux, Ederson lit comme dans un livre ouvert les trajectoires des passes de l'entrejeu rouche, et Kebano vient gratter la gonfle dans le dos de Vainqueur et d'Öztürk, histoire de leur laisser un minimum de temps pour réfléchir.
 
Sevrés de ballons, Batshuayi et Ezekiel doivent décrocher, et marchent sur les pieds de l'entrejeu. Affamés, ils se jettent au pressing d'une défense visiteuse qui s'en donne à coeur joie. Avec le soutien d'un Ederson toujours libre entre les lignes, le trio arrière fait circuler le cuir jusqu'à décourager la paire offensive du Standard, avant de sortir par les flancs. Le Standard est perdu. Luzon s'agite sur la touche, mais ne trouve pas la solution.
 
À quatre contre deux à la relance, les Carolos font courir l'attaque du Standard avant de donner un bon ballon
 
Car Charleroi ne jette pas le ballon. En possession, le dispositif des Zèbres devient un redoutable 3-3-3-1. Milicevic et Kaya rentrent dans le jeu, dans le dos de l'entrejeu liégeois. Pas un hasard, évidemment:"C'était pour essayer de faire reculer les deux demis défensifs, qu'ils puissent jouer dans leur dos, et avoir de la percussion sur la défense centrale", raconte Mazzu.
 
Les flancs libérés N'Ganga et François se régalent en "bouffant la craie" par des montées incessantes qui créent des mésententes sur les flancs rouches. C'est paradoxal, mais c'est ainsi: quand deux joueurs n'ont qu'un seul joueur à prendre en charge, et que ce diable prend un malin plaisir à jouer entre les deux, l'organisation est aux abois.
 
Le schéma manque de faire mouche une première fois après trois minutes, quand N'Ganga et Milicevic se jouent du flanc droit liégeois. Le Suisse frappe et Kawashima repousse sur Kebano. Van Damme sauve sur la ligne. Charleroi mène aux points, mais pas encore au score.
 
Charleroi met le feu en début de match, et est très présent dans le rectangle du Standard
 
 
Le Standard se heurte à un mur

Le Standard laisse passer l'orage carolo, et met le pied sur le ballon. Les Rouches testent la résistance du mur carolo, mais celui-ci est en acier trempé. Öztürk décroche, Ciman monte pour accompagner les attaques, Carcela et Bia jouent les percussionnistes, mais rien n'y fait. Alors, le Standard s'en remet aux phases arrêtées et aux tirs à distance. Bia allume la mèche sur coup franc, Vainqueur fait parler la dynamite sur un corner intelligemment joué, mais Mandanda est à la parade. Les frappes se multiplient, et échouent plus souvent dans les mains des supporters que dans celles du portier carolo. "Quand les adversaires bloquent l'axe, il faut saisir sa chance", explique Guy Luzon après la rencontre.
 
Une seule fois, le dispositif carolo sera pris en défaut. Les Rouches font tourner façon handball, puis Vainqueur appuie sur l'accélérateur et va chercher Van Damme. Milicevic sort au pressing et François, peu habitué au dispositif - et dans cette mise en place, les ailiers doivent être furieusement rôdés - fait l'erreur de l'accompagner. Bia s'engouffre dans la brèche, et son centre en retrait mal dégagé manque de profiter à Carcela.
 
Le Standard fait tourner le jeu plus rapidement, et le duo Van Damme-Bia profite du décalage
 
Charleroi gère, et joue ses coups à fond. Maladroit quand il s'agit de conserver le cuir pour faire souffler son équipe, Pollet est par contre redoutable d'efficacité au moment de placer sa tête sur un centre magique de N'Ganga, qui exploite à merveille une mésentente entre Carcela et Stam, tiens tiens... Les Zèbres mènent au repos, et viennent de livrer un récital tactique quasiment sans fausse note. Sur le banc d'à côté, Luzon ne s'agite plus. Il cherche la solution. Le public siffle ses héros. À tort: le Standard ne joue pas moins bien que d'habitude. Charleroi a seulement trouvé la parade.
 
Deux hommes sur N'Ganga, mais aucun pour le serrer de près. Charleroi remonte trop vite, la défense rouche est aux abois
 
 
Charleroi s'étouffe

La pression rouche monte d'un cran au retour des vestiaires. Le bloc des hommes de Luzon est positionné beaucoup plus haut. Les ailiers carolos commencent à souffrir face aux flancs adverses, qui montent de plus en plus et forcent Kaya et Milicevic à courir après eux. Devant, seul sur son île, Pollet ne dispute même pas les duels aériens à un Ciman qui s'en donne à coeur joie. Pris en tenaille entre un onze qui pousse devant lui et des milliers de supporters qui pèsent de tout leur poids depuis la T3, Charleroi étouffe.
 
Les Zèbres plient, surtout quand leur bloc s'étire lors de leurs rares tentatives de sorties, et finissent par rompre sur une phase arrêtée. Le Standard se noyait dans le jeu, son capitaine redresse la barre d'un coup de tête dont il a le secret. Dans le plan tactique idéal, on n'encaisse jamais sur corner.
 
Revenu au score, le Standard continue à pousser, dans l'anarchie la plus totale. Le jeu se déstructure, avec des changements de position qui sentent l'improvisation, mais fissurent l'organisation carolo. Trop bas et inoffensif, le onze de Felice Mazzu tend le bâton pour se faire battre par un Standard qui bouge partout, avec le seul Vainqueur pour mettre de l'ordre et du rythme dans tout cela.
 
Bia sème le chaos en rentrant dans le jeu. Ederson (ligne verte) souffre, et Dewaest (traits jaunes) est pris entre deux feux: sortir sur Bia ou bloquer l'infiltration de Van Damme
 
 
Le Français est d'ailleurs, avec un Bulot très bien entré, l'homme de cette seconde période. Vainqueur donne le soupçon de structure qu'il faut au Standard, accélère le jeu et écarte le bloc adverse à chacune de ses touches de balle et percute quand la solution ne se présente pas à lui. Le problème, c'est que face à lui, il y a toujours un Ederson qui, malgré des jambes devenues inutiles, fait parler son cerveau pour bloquer toutes les passes tranchantes dans l'axe dont les avants rouches aiment se délecter.
 
 
Du chaos dans les rectangles
 
Et puis, soudain, Pollet ressuscite. Le buteur des Zèbres décide d'aller au pressing à l'entame des dix dernières minutes, recommence à peser sur la défense et force Ciman à concéder un corner. Kawashima va prendre des nouvelles de son point de penalty, Dewaest fait parler son passé de renard des surfaces et se rattrape de son duel perdu face à Van Damme sur l'égalisation. Charleroi revient de nulle part.
 
La fin de la rencontre ressemble furieusement à un attaque-défense. Milicevic ne quitte plus Van Damme, et Houdret est chargé d'en faire de même avec Stam. Totalement inoffensif jusque là, le Néerlandais balance un centre du gauche que Batshuayi propulse sur l'épaule d'Ezekiel. Deux partout. 
 
Deux joueurs du Standard face à trois Zèbres et pourtant, Stam va réussir à centrer, et le Standard à revenir au score
 
 
Le Standard pousse encore, Van Damme joue en pivot et fait sans doute regretter à Luzon l'absence d'Igor De Camargo durant les 89 minutes précédentes. Un dernier centre d'Ezekiel ne donne rien. Le plan de Mazzu ne rapporte qu'un point, celui de Luzon s'essouffle. La faute à des adversaires qui ont compris comment manoeuvrer face aux Rouches: attendre bas, avec un médian défensif intelligent qui coupe les transmissions entre le milieu et l'attaque. Dury et Mazzu ont disposé leurs pions à merveille. Et Luzon a montré qu'au-delà de son 4-4-2, ses alternatives étaient assez pauvres. Plus que le coach israélien, c'est Vainqueur qui a changé le cours d'un match qui n'en a pas connu.
 
Guillaume Gautier

23:30 Écrit par tackle on web dans ANALYSE, JUPILER PRO LEAGUE, RSC CHARLEROI, STANDARD LIÈGE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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