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23/09/2013

Arturo Vidal, la créature

Arturo-Vidal.jpgÀ coups de ballons grattés, d'infiltrations chirurgicales, de buts façon tueur de sang-froid et de cœurs avec les doigts, Arturo Vidal s'est fait une place dans le gratin du foot mondial. Portrait d'un puncheur de génie.


 

"C'est un milieu de terrain total. Il défend, il presse, il récupère des ballons, participe à la création du jeu offensif, se joint aux attaques, tire des penalties, offre des buts et en marque." Quand Marca décrit Arturo Vidal, le quotidien madrilène peine à trouver les mots. En fait, si l'on veut faire plus simple, le Chilien fait tout, et il le fait plutôt très bien. En vrai, dans sa carrière, El Guerrero a squatté tous les postes sur le rectangle vert. Et oui, il n'a que 26 ans. Portrait d'un mec qui prouve qu'on peut être un puncheur musculeux et fêter ses buts en faisant un cœur avec les doigts.

La loco de Colo-Colo

Le petit Arturo est un Santiaguino. C'est dans la capitale du Chili, coincée entre la Cordillère des Andes et le Pacifique, que Vidal fait ses premiers pas. Et c'est évidemment dans un club de la ville qu'il touche ses premiers ballons. À Santiago, le joueur talentueux a le choix: il y a le mythique Club Social y Deportivo Colo-Colo, club le plus titré du pays et seule franchise chilienne à avoir brandi la prestigieuse Libertadores. Et puis, il y a l'Universidad de Chile. La "U", pour les intimes, qui grandit très vite dans l'ombre du grand rival.

Le jeune Arturo Vidal opte pour la vareuse noire et blanche de Colo Colo. C'est donc avec El Eterno Campeón qu'il fait ses premiers pas à dix-huit ans à peine, lancé dans le grand bain par Claudio Borghi, alors au début d'une carrière d'entraineur qui allait le mener à Independiente, à Boca Juniors et à la tête de la sélection chilienne.

D'emblée, Arturo se fait une place dans le onze d'El Popular. À ses côtés, on retrouve les autres fers de lance de la génération dorée chilienne, bercée par les exploits d'Ivan Zamorano et Marcelo Salas au tournant du millénaire: Alexis Sanchez dynamite les couloirs, Mati Fernandez invente des ouvertures magiques, et Humberto Suazo plante des buts à un rythme industriel. Et Vidal? Eh bien il fait tout le reste.

Ce cocktail rafraichissant enivre les fans de Colo-Colo avec un titre dans le tournoi de clotûre 2006, mais aussi tout le continent en se hissant à coups de victoires aussi larges que l'Amazone jusqu'en finale de la prestigieuse Copa Sudamericana, sorte d'Europa League made in Amérique Latine. Vidal claque trois buts en cours de route, dont un doublé lors d'un 7-2 complètement fou en huitièmes face aux Boliviens d'Alajuelense, déjà découpés 4-0 à l'aller. Sur la dernière marche, ce sont les Mex's de Pachuca qui attendent le gang Vidal. Les Chiliens grattent un nul à l'Estadio Hidalgo, et reçoivent à Santiago gonflés à bloc. Malheureusement, les Tuzos viennent s'imposer 1-2 et braquent la Sudam' au nez et à la barbe naissante de ces jeunes Chiliens si prometteurs.

Les hommes de Borghi se remettent de leur déception en remportant le tournoi d'ouverture 2007, puis l'ossature de l'Eterno Campeón s'envole pour le Canada, théâtre de la Coupe du Monde des moins de vingt ans. Un Vidal de gala emmène le Chili jusqu'en demi-finale, où l'attend l'Argentine des Agüero et Di Maria. Un 3-0 bien tassé plus tard, les grandes gueules de la Rojita s'en prennent violemment à l'arbitre Stark, qui a sorti deux cartons rouges dans l'aventure. S'ensuit une bagarre avec la police canadienne devant le car, et une petite nuit en garde à vue à Toronto pour une bonne partie de l'équipe, avant d'aller chercher la médaille de bronze trois jours plus tard.

Le sang chaud d'Arturo ne refroidit pas Rudi Völler, aussi fin renard dans les tribunes que dans les seize mètres. L'ancien goupil des surfaces convainc son Bayer Leverkusen de miser cinq millions sur le puncheur de Colo-Colo, qui s'envole donc pour la Bundesliga avec une médaille de bronze et une réputation caliente dans les valises.

Un Chilien en Bundesliga

Pour sa première saison dans la cité de Carl Leverkus, Arturo foule le pré à 33 reprises sous les ordres de Michael Skibbe. Dès sa troisième rencontre en Bundesliga, le Chilien trouve déjà le chemin des filets. Vidal claque quelques prestations étincelantes, notamment face au Bayern, et participe à la très belle campagne européenne du club, qui prend fin en quarts de finale de la défunte "Coupe de l'UEFA" face aux coups de boutoir d'un Zenit de gala, emmené par des Arshavin et Pogrebnyak qui tournent plein gaz et iront décrocher le trophée en fin de saison.

La fin de saison des Rhénans est un calvaire, et le club chute de la sixième place, la dernière européenne, lors de la dernière journée suite à une défaite 1-0 face au Werder Brême. Parce que oui, parfois, le Werder de Thomas Schaaf n'encaissait pas de buts. Le Bayer Neverkusen - surnommé de la sorte pour son incapacité chronique à gagner des trophées - fait honneur à son surnom, et donne du travail à l'industrie locale qui doit fournir un fameux stock d'aspirines après pareil coup sur la tête.

L'été 2008 frappe les trois coups d'une saison noire…et rouge pour Arturo Vidal, exclu à deux reprises en plus de ses douze cartons jaunes en Bundesliga. Ajoutez-y un mois loin des pelouses teutonnes suite à une commotion cérébrale, et 2008-2009 sent vraiment le rendez-vous loupé pour Arturo. Heureusement, le Chilien se réveille en fin de saison, et claque quatre buts en six rencontres sur la route qui mène le Bayer en finale de la Coupe d'Allemagne, face au Werder. Là évidemment, le Bayer perd. Neverkusen, qu'on vous disait.

En équipe nationale, Vidal commence par contre à se faire une place dans le 3-4-3 d'El Loco Bielsa, qui l'avait souvent écarté à ses débuts pour son manque de discipline tactique. La Roja d'Amérique du Sud boucle les qualifs pour le Mondial sud-africain à la seconde place, dans le sillage du Brésil, et Arturo facture un but et trois assists dans l'aventure.

Une saison majuscule, un pied-de-nez au Bayern

L'année suivante, Leverkusen confie les rênes à Jupp Heynckes, qui offre les clés du jeu à un Arturo Vidal aligné en box-to-box à l'anglaise dans l'entrejeu du Bayer. Le teigneux chilien continue d'accumuler les cartons (trente en trois ans), mais devient à la fois le cœur et le moteur des pensionnaires de la BayArena, alignant les titularisations et les kilomètres sans jamais sembler épuisé.

Un huitième de finale au terme d'un Mondial séduisant plus tard, Arturo revient à Leverkusen pour une saison qui sera celle de son éclosion définitive. Éclipsé par la furie jaune et noire d'un indomptable Borussia, le Bayer est longtemps maintenu dans la course au titre par son homme à tout faire, qui a troqué les cartons contre des buts: treize en quarante matches, le tout saupoudré de douze assists et d'un pourcentage de passes réussies qui dépasse les 80% malgré nombre de passes en retrait proche du néant. Pour faire simple, Vidal touche plus de ballons que Sahin ou Schweinsteiger et gagne plus de duels que Sven Bender. Le gratteur de ballons teigneux a laissé place à un footballeur total.

Forcément, les performances de haut vol du Chilien attirent l'œil des grosses écuries européennes. Le Bayern, habitué à attirer en Bavière ce qui se fait de mieux sur ses terres, est le premier sur la balle. Jupp Heynckes rejoint le Rekordmeister, et se voit bien emmener son maesto dans les valises. Pourtant, Vidal choisit finalement de franchir les Alpes direction Turin. La Juve met 12 millions sur la table, et fait la nique à un Bayern écoeuré: "Nous ne voulons pas avoir des joueurs comme lui au Bayern. Il avait promis à de nombreuses reprises qu'il allait signer pour nous. S'il était un homme avec une morale, il serait arrivé ici" fulmine Karl-Heinz Rummenigge. Une gueule, un casier où la trahison côtoie les cartons jaunes et une feuille de stats plutôt bien garnie: Vidal a fait le bon choix, il est fait pour l'Italie.

Arturo Nadal et Roger Pirlo

Plus de dix millions, c'est cher payé pour un remplaçant. Parce que oui, Andrea Pirlo, jeté comme un malpropre du Milan, vient de débarquer à Turin en même temps que Vidal, et le maestro italien est incontournable dans l'entrejeu de Conte. Et comme le Mister est un apôtre du 4-2-4, et que l'autre place dans l'entrejeu est dévolue au Golden-Boy Marchisio, Arturo semble prédestiné à jouer les remplaçants de luxe. Sauf qu'Antonio Conte est un redoutable tacticien, et qu'il comprend vite que ces trois-là, alignés ensemble dans un 3-5-2, peuvent faire des ravages.

Très vite, Arturo Vidal prend donc place aux côtés de Marchisio dans l'entrejeu bianconero. Le duo est chargé de récupérer le cuir, de s'infiltrer à loisir et, surtout, de protéger un Andrea Pirlo placé derrière eux, et chargé de prendre le pinceau pour inventer des œuvres d'art en forme d'ouvertures dans le dos de la défense ou de passes dans l'intervalle.

Vidal devant Pirlo, c'est un peu comme si Roger Federer et Rafael Nadal s'associaient dans un double improbable. Comme l'Espagnol, le Chilien fait parler sa grinta: il court partout, aucune balle ne semble le mettre en difficulté, et il protège Pirlo-Federer qui, quand le bon ballon se présente à lui, réinvente son sport le temps d'un toucher divin.

Au cœur de l'automne, Arturo enchaine les moments difficiles: lors d'un séjour en sélection, il arrive à l'entrainement avec 45 minutes de retard et une bonne dose d'alcool dans le sang en compagnie de plusieurs équipiers suite au baptème du fils de Jorge Valdivia. La sanction est fulgurante: dix rencontres de suspension. Quelques semaines plus tard, c'est le père de Vidal qui est dans l'œil du cyclone: le daron est arrêté au pays avec pas mal de drogue dans les poches. Un double uppercut qui ne terrasse pas le Chilien, toujours aussi saignant sur le terrain, enchainant les récupérations et les infiltrations comme personne, ringardisant un Del Piero réduit à un rôle de supersub et claquant de sublimes buts contre le Napoli ou la Roma pour emmener la Juve vers un titre qu'elle attendait depuis le Calciopoli.

Le sacre de Re Arturo

À force de faire des cœurs avec les mains, Vidal entre dans celui des exigeants tifosi de la Vieille Dame, qui l'affublent du surnom de Re Arturo. Et pour cette saison 2012-2013 qui démarre, le roi Arthur a Excalibur à la place du pied droit. L'enchanteur Conte en fait son fer de lance. Nadal a pris le dessus sur Federer, dont les coups de génie sont de plus en plus intermittents.

Avec Vidal, Antonio Conte donne un grand coup de botte au football italien. Fini le trequartista à l'ancienne, hors système en perte de balle: place au puncheur moderne, un mec qui facture 71% de tacles réussis et une efficacité devant le but à en faire pâlir d'envie ses attaquants. C'est d'ailleurs Arturohimself qui termine meilleur buteur de la Juve lors de cette saison du 29e (31e, répondront les fans de laVecchia Signora) titre bianconero. Dix buts, plantés notamment face au Milan, à la Roma, à la Lazio et à l'Inter.

En fait, Vidal semble pouvoir changer la température de son sang en fonction de sa position sur le terrain. Autour du rond central, Re Arturo est bouillant et brûle tous ceux qui ont le malheur de s'approcher de lui avec le ballon dans les pieds. Dans les vingt derniers mètres, par contre, le Chilien passe en mode sang-froid. Devant le but, sa sérénité est presque effrayante. Arturo Vidal, passé par les laboratoires d'Heynckes et de Conte, est devenu une créature formatée pour le football moderne: un joueur total, qui a fait du cœur du jeu son domaine, et fait perdre haleine à ses adversaires par des courses incessantes et répétées qui n'ont rien à envier aux longues promenades solitaires de Kenenisa Bekele.

Qu'un seul numéro 10 dans ma team

Avec un titre officieux de meilleur joueur de la saison dans les poches, Arturo Vidal entame tambour battant sa troisième saison sous la vareuse bianconera. Pourtant, cet été, le Bayern est revenu à la charge. "L'homme sans morale" est devenu un joueur pour lequel le Rekordmeister était disposé à signer un chèque avec sept zéros derrière un quatre. Mais Re Arturo n'était pas disposé à quitter son royaume de Conte de fées.

Un temps, il a même failli hériter du numéro 10 de Del Piero. Face au tollé des tifosi, le Chilien a réagi sur Twitter: "Juventini, je n'ai jamais demandé le numéro 10… Il a un patron et il s'appelle Alessandro !!!"Carlos Tevez, lui, a décidé qu'il en était le nouveau proprio. Pas très bien perçu dans une Italie habituée à retirer les numéros de ses légendes.

La polémique n'a pas affecté Vidal, qui a commencé cette saison comme il avait fini la précédente. En marquant des buts. Trois déjà depuis le coup de sifflet initial, pour porter son total à 25 après à peine 80 matches sous le maillot bianconero. De quoi confirmer les dires de son coach, qui l'a qualifié de "joueur d'élite" à plusieurs reprises.

Dans une Juve lancée à la conquête de l'Europe, Antonio Conte est tout heureux de pouvoir compter sur Arturo Vidal. Le technicien italien a souvent répété que s'il devait choisir un joueur pour l'accompagner à la guerre, il choisirait son Chilien à la crête. Re Arturo semble justement disposé à agrandir un royaume devenu trop petit pour lui. Reste à voir comment il va s'y prendre pour soulever la Coupe aux Grandes Oreilles en faisant un cœur avec les doigts.

Guillaume Gautier

09:52 Écrit par tackle on web dans ITALIE, PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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