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28/08/2013

Luca Toni, à la folie

521da3fa35707ef67adbb236.jpgLe Calcio a frappé ses trois coups. Luca Toni a frappé aussi. À 36 ans, le buteur le plus fou de la Botte a planté un doublé contre le Milan en ouverture du Calcio. Retour sur une carrière atypique.


Le Calcio a frappé ses trois coups. Luca Toni a frappé aussi. Deux coups de tête pour un gros coup sur la tête d'un Milan surpris dans un stade Bentegodi qui ne lui avait pas manqué. Le Hellas Vérone, éternelle bête noire des Milanais, a réussi son retour parmi l'élite, onze ans après. Le tout grâce à son artificier de 36 ans, qui entame sans doute la dernière pige d'une carrière aussi folle que sa célébration, main ouverte agitée autour de l'oreille.

Après tant d'années, tant de coups de casque échappant aux gardiens, tant de buts aussi dégueulasses qu'importants, Tonigol fête toujours ses buts avec la même folie enfantine. Retour sur une carrière aussi surprenante que ses déviations victorieuses dans les petits rectangles européens.

 

Débuts au purgatoire

L'histoire de Luca Toni commence le 26 mai 1977 au pied des Apennins, à Pavullo nel Frignano. Une bourgade d'Émilie-Romagne qui, outre son buteur mitraillette, n'a que son curieux pont d'Olina et le berceau de l'ancienne showgirl Carmen Russo à proposer aux nombreux touristes qui y posent leur valise lors de la saison estivale.

Rapidement, le ballon rond appelle Luca Toni. Malheureusement, la technique limitée prive le bambinod'une place dans les plus grands centres de formation de la Botte. C'est donc à Modène, club que vient de quitter une autre légende, Enrico Chiesa, que Luca fait ses gammes. Trois années en Serie C1 - la D3 italienne - et sept malheureux buts plus tard, le jeune attaquant et son quasi double mètre séduisent tout de même la Serie B et Empoli, que Toni rejoint en même temps qu'un certain Antonio Di Natale, à l'été 96.

L'expérience chez les Azzurri tourne court, et Luca Toni reprend l'ascenseur pour redescendre à l'étage Serie C1, direction Fiorenzuola. Luca n'est pas encore Tonigol: il joue peu, trouve à peine à deux reprises le chemin des filets, et songe même à raccrocher les crampons, désespéré de ne pas disposer d'assez de confiance pour faire ce qu'il fait le mieux: marquer.

De la Serie C à la Serie A en 30 buts

La confiance, c'est à Rome qu'il la trouvera. Ardemment désiré par Rinaldo Sagramola, dirigeant du club de Lodigiani (et actuel directeur général de la Sampdoria), Toni parvient enfin à exprimer son talent dans la boite. Le rectangle adverse devient son jardin, et il y plante quinze roses en une saison. Des talents de fleuriste qui lui valent une nouvelle chance en Serie B, à Trévise - son cinquième club en cinq ans.

Douze mois et quinze buts sous le maillot blanc et azur plus tard, Luca change encore de crémière. Sagramola, passé à Vicenza, souhaite faire découvrir la Serie A à son protégé. Toni a 23 ans, et sa carrière semble enfin décoller, dans un club qui vient tout de même de passer une fin de saison dans le dernier carré de la Coupe des Coupes, seulement battu par Chelsea, futur lauréat.

À la découverte du Calcio

Le 1er octobre 2000, le Calcio découvre Luca Toni, à l'occasion d'une rencontre face au Milan AC. Le géant des Apennins se fait une petite place au soleil avec neuf buts pour sa première saison au sein de l'élite. Insuffisant, toutefois, pour éviter le naufrage dans un bas de tableau complètement fou, où seuls deux petits points séparent Vicenza, seizième, du douzième. Relégation pour les pensionnaires du Stadio Romeo Menti, mais pas pour leur buteur, qui rejoint la Lombardie. Brescia claque 30 millions de lires pour les beaux yeux et le front prolifique de Luca, un record pour le club.

Sous le sublime maillot bleu des Lombards, Toni cotoie Roberto Baggio. Son association avec Il Divino Codino fait des ravages, et Luca trouve treize fois un chemin des filets qu'il commence à parcourir sans GPS. Des pions qui permettent à la Leonessa de se maintenir pour un petit point. Par ailleurs, le buteur découvre aussi la Coupe d'Europe, en atteignant la finale de cette improbable Coupe Intertoto, avec une défaite face au PSG en guise d'apothéose.

Pour la première fois depuis six ans, Luca Toni reste donc une deuxième saison dans le même club. Mauvaise idée, puisqu'une blessure et une moins bonne période ne lui permettent de marquer qu'à deux reprises. Une saison de vaches maigres qui entraine un retour en Serie B et un voyage très au sud, chez les bouillants Siciliens de Palerme. À 26 ans, l'attaquant quitte le Calcio sans vraiment avoir convaincu qu'il est différent de ces buteurs moyens qui peuplent le front de l'attaque des Provinciali - les clubs de province, opposés à ceux des grandes métropoles de la Botte.

 

L'envol sicilien

Pourtant, Toni recule pour mieux sauter. Il le sait, cette saison 2003-2004 sera particulière dans l'antichambre, puisque le Calcio fait sa mue pour passer de 18 à 20 clubs l'année suivante. Et comme les quatre descendants sont maintenus, ils seront six à prendre l'ascenseur vers le sommet en fin d'année. Palerme devra en être, pour retrouver une élite que la ville a quitté depuis plus de vingt ans.

C'est à cette époque rosanera que Toni commence à célébrer ses buts en agitant la main autour de l'oreille. Pour ne plus jamais arrêter. "Comme ça m'a porté chance, j'ai continué à le faire", dit-il. Difficile de lui donner tort, car sa première saison sicilienne est bouclée avec 30 buts au compteur, un titre de Capocanonniere, un titre de meilleur joueur, et un titre de champion en forme d'aller simple pour le Calcio.

Derrière ses lunettes, Marcello Lippi a tout vu: pendant l'été, il convoque Tonigol pour une première pige sous le maillot de la Nazionale. Le début d'une belle aventure de cinq ans, avec un titre de champion du monde et un doublé en quarts de finale du Mondial allemand en guise de points d'orgue.

À Palerme, donc, Toni respire la confiance. Ses vingt buts permettent aux hommes en rose de terminer à la sixième place, et d'ainsi accrocher une place en Coupe de l'UEFA. Prêt à découvrir la "vraie" Coupe d'Europe, Luca patientera pourtant encore. L'attaquant quitte la Sicile pour la Toscane et Florence, contre dix millions d'euros.

Capocanonniere

Luca Toni a 28 ans, et est à l'aube de la saison la plus folle de sa carrière. À peine enfilée la vareuse de la Viola, le numéro 30 commence à marquer, marquer et marquer encore. Avant les robots Messi et Ronaldo, des moyennes supérieures à un but par match ne se voyaient que sur PlayStation. Pourtant, après onze rencontres de Serie A, le compteur de Luca affiche 15 buts.

La machine se grippe en hiver, mais finit par se relancer pour s'arrêter à 31 en fin de saison. Même Batistuta n'avait jamais marqué autant pour la Fiorentina. En fait, personne depuis Angelillo en 1959 n'avait fait mieux que Luca Toni dans la Botte. Le buteur de la Viola chausse d'ailleurs le Soulier d'Or européen en fin de saison, privilège inédit pour les joueurs d'un Calcio réputé pour ses défenses regroupées et ses rencontres soporifiques.

Un titre de champion du monde plus tard, Toni reste à la Fiorentina. Malgré les 30 points de pénalité dans l'affaire du Calciopoli. Malgré les convoitises venues de partout, et surtout de l'Inter. Tonigol va au clash avec ses dirigeants pour rejoindre les Nerazzurri, mais finit par rester. Pas rancunier, il plante un doublé dès la première journée. Contre l'Inter, évidemment. Malgré une blessure, Toni marque encore seize fois, avant de quitter Florence pour la Bavière.

Quand Tonigol devient Der Bomber

Privé de Ligue des Champions à cause d'une pathétique quatrième place, privé de trophée aussi, le Bayern ouvre grand le portefeuille à l'été 2007 pour redevenir le FC Hollywood. Klose, Ribéry et Toni sont les trois têtes d'affiche de l'ambitieux recrutement du Rekordmeister.

L'entente entre Toni et Klose est immédiate. Le duo, rebaptisé "Kloni" par des médias allemands amoureux des mots-valises ("Golic" et "Robbery" en savent quelque chose), carbure à plein régime et permet au Bayern de faire tout le championnat en tête et de taper Dortmund en finale de la Coupe, grâce à un doublé signé Toni. L'Italien frappe aussi 24 fois en Bundesliga, s'offrant un titre de meilleur buteur et un surnom de Bomber qui colle pourtant à la peau d'un certain Gerd Müller, légende bavaroise.

Finalement, il ne manquera à ce Bayern qu'une Coupe de l'UEFA. Pourtant, Toni s'est employé, là aussi. Dix buts au total, dont deux dans un money-time complètement fou contre Getafe en quarts de finale, permettant au Bayern de remonter de 3-1 à 3-3 pour se qualifier au bout du suspense. Luca est au sommet de son art. Le rectangle est son terrain de chasse, et il envoie du gibier à foison dans ses filets.

L'année suivante, le Bayern retrouve enfin la Ligue des Champions. Toni, lui, la découvre. Il a 31 ans. Et il marque toujours. Mais ses quatorze buts ne suffisent pas pour résister à l'ouragan barcelonais - le premier de l'ère Guardiola - en C1 et à l'incroyable Wolfsburg du duo Dzeko-Grafité sur la scène nationale.

Les années d'errance

À l'été 2009, Louis Van Gaal prend les rênes du Rekordmeister. Le Néerlandais ne compte pas sur son buteur italien et ne jure que par le Croate Olic. Toni retourne donc dans sa Botte au mercato hivernal, direction la Roma. Et reprend ses bonnes habitudes, claquant un doublé dès la mi-janvier contre le Genoa. Une blessure et quinze matches plus tard, Toni retrouve la Bavière avec cinq buts au compteur pour rompre son contrat à l'amiable, et signer pour deux ans au Genoa.

De ses deux années de contrat, Luca ne prestera même pas la moitié. Seize petites rencontres sous le maillot rossoblu, et trois buts. Des prestations mornes qui ne lui vaudront que les sifflets du stade Luigi Ferraris et les railleries de son président qui, questionné par la presse sur la note qu'il donnait à son buteur pour son passage chez les Grifoni, répondra tout simplement: "Je lui donne trois, comme le nombre de buts qu'il nous a donnés."

C'est donc à la Juve que Toni finira la saison. Dès son deuxième match chez les Bianconeri, Luca se blesse, mais marquera pour son retour début février contre Cagliari. Un centième but en Serie A pourTonigol, et la première de ses deux roses plantées en quatorze rencontres pour la Vieille Dame.

S'il n'entre pas dans les plans ambitieux d'Antonio Conte l'année suivante, Toni place quand même sa marque dans l'histoire de la Juve en déflorant les filets du tout nouveau Juventus Stadium à l'occasion d'un match amical contre Notts County. Ce sera son seul fait d'armes d'une saison qu'il terminera à Dubaï, exil doré pour trentenaires en bout de course.

Pourtant, Tonigol ne passera que six mois dans le luxe dubaïote. "Moi, ce qui me plait, c'est le vrai football et ça, ça ne l'est pas". Ses sept buts sont éclipsés par la nostalgie du Calcio et, surtout, sur la mort de son enfant à peine né. Bouleversé, Luca rompt son contrat et pense arrêter le football, mais sa femme le convainc du contraire. Le 31 août 2012, Toni trouve un nouvel employeur. La Fiorentina. Sa Fiorentina.

Renaissance à Florence

Pour les tifosi, revoir Luca et son numéro 30 sur la pelouse du stade Artemio Franchi a des airs de Retour vers le Futur. C'est contre Catane que Toni fait son retour dans le club où il est devenu un fuoriclasse. 87 secondes plus tard, les filets et la Curva tremblent déjà. Tonigol s'offre un voyage en DeLorean.

Mais le poids des 35 années pèse sur les épaules d'un Bomber qui n'a plus sa régularité d'antan. Même s'il marque huit fois, Luca Toni ne se voit offrir qu'un contrat…d'entraineur des jeunes une fois la saison terminée. Mais Toni veut encore jouer. Encore marquer. Alors, quand Vérone s'offre à lui, Luca n'hésite pas. La suite de l'histoire, on la connait. La fin, pas encore. Mais on peut imaginer comment tout ça se terminera: un appel malicieux dans le rectangle, un coup de tête qui fait vibrer les filets, et une main qui s'agite autour de l'oreille.

Guillaume Gautier

10:34 Écrit par tackle on web dans ITALIE, PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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