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25/07/2013

Leighton Baines, l'étrange caprice de Manchester United

baines.jpgAvec ses rouflaquettes d'un autre âge et sa mèche collée par la sueur sur son front d'ouvrier, Leighton Baines n'a rien de la starlette habituelle. Avec un look pareil, le back gauche d'Everton n'était destiné qu'à une chose: finir docker sur les quais de Liverpool. Mais voilà, le jeune homme avait un don: il savait manier le ballon.


Après 6 saisons à Wigan et autant à Everton, le meneur de jeu de 28 ans pourrait écrire un nouveau chapitre de sa carrière et filer à Manchester United pour remplacer Patrice Evra. Habitués aux noms ronflants, les supporters de United vont devoir s'habituer à ce que leur club favori s'intéresse à cet obscur défenseur venu de Liverpool. Car entre un hypothétique retour de Cristiano Ronaldo, les arrivées possibles de Gareth Bale et Cesc Fabregas, cet intérêt pour Leighton sonne bizarre. Et pourtant, David Moyes, ancien manager des Toffees et aujourd'hui successeur du Sir Alex Ferguson, est bien décidé à emmener avec lui deux de ses anciens joueurs: Marouane Fellaini et Leighton Baines. Pour le second nommé, l'Ecossais fait monter les enchères.

Les Red Devils ont sorti une première offre de 14 millions d'euros de leur chapeau. Un montant refusé par la direction d'Everton, bien consciente des moyens colossaux dont bénéficient les richissimes mancuniens. Pour arracher le défenseur anglais à Goodison Park, ça sera 17.5 millions sinon rien ! Mais quel est le "truc" qui rend Old Trafford aussi fou de ce latéral gauche apparemment sans éclat ?


Un mec du peuple

Un mètre 70, 70 kg, une gueule de petite frappe... et un charisme en acier. Leighton Baines, c'est tout ça à la fois. Une sorte de Joey Barton sans les tweets compulsifs, ni les frasques en dehors du terrain. A la place des coups de sang, le meneur d'Everton distille les coups francs, grâce à une qualité de frappe digne des meilleurs. Cette technique, le défenseur l'a développée dès son plus jeune âge dans le Merseyside.

Né à Kirkby le 11 décembre 1984, Baines n'a pas le choix: s'il ne veut pas faire partie des 17% de personnes sans emploi dans sa petite ville, il doit cravacher. Il n'a pas un talent exceptionnel, mais dispose d'une mentalité exemplaire et d'une indéfectible rage de vaincre. Bref, il possède les armes des tâcherons. Des atouts qui plaisent à Wigan, alors sociétaire de la League Two, la D3 anglaise. Âgé de 17 ans seulement, il assiste à la montée en puissance de ses aînés depuis le noyau B.

Il goûte enfin aux joies du terrain lors de la saison 2003-2004. Les Latics ont déjà monté un échelon, mais le club ne veut pas se contenter de la D2. Et le joueur encore moins, même s'il est conscient que la route sera longue. Lors de sa première saison en tant qu'élément de l'effectif de Paul Jewell, Baines rate de peu l'ultime marche vers la Premier League. Un an plus tard, son statut a changé. De jeune espoir, il passe à titulaire indiscutable de l'équipe. Quarante-deux matches de Championship plus tard, il peut fêter dignement l'accession à la D1 de son club: une première en 73 ans d'existence. C'est au cours de cette saison que Baines, 20 ans à peine, inscrit son premier but. Il place une véritable mine dans la cage d'Ipswich Town. Déjà, cette patte gauche fait mal, très mal aux gardiens anglais. Elle n'a pas fini de faire des dégâts.



Baines, l'homme qui ne s'aimait pas

Mais au lieu de se réjouir de cette accession au Graal, l'homme doute. Il craint de ne pas être à la hauteur de ses adversaires. Comment lui, le petit boy de Kirkby pourrait tenir la dragée haute aux Didier Drogba, Thierry Henry et autres Wayne Rooney ? "L'entraineur de l'époque me prenait à part dans son bureau et me disait à quel point il me trouvait bon", déclare-t-il au Guardian, en 2007. "Je me sentais bien après ça, mais je me disais: 'C'est faux, je n'ai pas la moitié du niveau qu'il croit que je possède'. Je sais que c'est stupide, mais je suis comme ça. (...) J'ai toujours cette petite voix qui me dit: 'C'est seulement une question de temps avant qu'ils ne se rendent compte que tu n'es rien'. Durant toute ma saison en Championship avec Wigan, je me disais à chaque match: 'Est-ce que je vais me faire capter ? Est-ce que c'est la semaine où ils vont découvrir ma vraie nature ?' Je m'attendais à me faire virer du onze de base." Un témoignage poignant, venant d'un joueur qui fait pourtant preuve d'une belle assurance balle au pied.

Une fois la montée consommée, il pense surtout à son futur sur le banc. Un dugout qui l'attend forcément, lui, le petit jeune sans expérience. C'est l'inverse qui se produit. Pour sa première saison parmi les grands d'Angleterre, Wigan fait (bien) mieux que se défendre. Les petits frères des deux clubs de Manchester terminent le championnat à la 10e place et atteignent même la finale de la League Cup (perdue 4-0 contre United). Les objectifs sont largement atteints. Ceux de Baines totalement dépassés. Le dur apprentissage se poursuit, mais malgré ses jambes de poulet, le jeune homme tient le coup, stoppe les attaquants et arpente inlassablement son flanc gauche. 

Malgré ces constantes remises en questions, Baines s'accroche à sa parcelle de terrain. En dépit de l'intérêt de plusieurs clubs (dont ManU, déjà), il jure fidélité au DW Stadium. Mais quelques mois plus tard, les choses ont bien changé à Wigan. Le club, révélation du dernier championnat, ne peut plus miser sur l'effet de surprise. Attendus au tournant, les Latics payent en outre les fuites du dernier mercato. En mai 2007, l'équipe ne sauve sa place en Premier League qu'à la différence de buts. Le manager Paul Jewell démissionne. Leighton Baines, 4 buts au compteur, refuse un nouveau contrat. Conscient que le club a atteint ses limites, il décide de partir. "J'étais arrivé à un point où c'était trop facile", explique-t-il en 2007. "Il n'y avait personne pour me prendre ma place. J'allais régresser et je n'appréciais plus ce que je faisais comme j'aurais du. C'était génial de se maintenir lors du dernier match. Mais à la fin de la partie, j'ai directement su que je voulais partir."  En 2007, il signe pour 7 millions d'euros à Everton, son club de cœur. 

 

Le maître à babord

Après 6 ans passés à Wigan, il est temps pour Baines de passer à la vitesse supérieure. Deux années en PL lui ont permis de se tailler une belle réputation d'arrière gauche accrocheur et talentueux. Autant de qualités qui ont tapé dans l’œil de David Moyes. Le prometteur coach d'Everton se donne pour mission de transformer l'espoir du foot anglais en une machine de guerre. Pari tenu et réussi avec maestria.

Après des débuts hésitants (la faute à Joleon Lescott, premier choix à gauche de la défense), le " petit mec de Wigan" comme il se qualifie, relègue Nuno Valente sur le banc et profite du replacement de Lescott au centre de la défense pour s'installer sur le flanc gauche. Saison après saison, il se bonifie. Son jeu, ses stats, sa moustache, tout fait impression. Si la défense toffee ne peut plus se passer de son patron, son apport offensif est également énorme. Non seulement il marque son quota de buts (jusqu'à 8 en 2012-2013), mais il carbure à près de 10 assists par an. Une véritable aubaine pour des attaquants costauds comme Victor Anichebe ou Nikica Jelavic.

De plus, le joueur est tout simplement increvable. En 2010-2011, il ne rate pas une seule minute de championnat. A l'issue de cette saison, il rafle le titre de Meilleur joueur du club. Deux performances réitérées en 2012-2013. Il fait également sa joyeuse entrée au sein du 11 de l'année aux côtés de joueurs comme Vincent Kompany ou encore Rio Ferdinand en 2012 et s'y incruste encore en 2013. Autant d'éléments qui peuvent réconforter Baines sur son talent. 

 

Leighton Coeur de Lion

Devenu incontournable à Goodison Park, il attire forcément le regard de Fabio Capello, alors sélectionneur de l'équipe nationale anglaise. Après un beau parcours chez les jeunes, le Maître fait appel à lui pour doubler Ashley Cole. Ses débuts convaincants contre l'Egypte en 2009 poussent l'Italien à le garder dans son groupe élargi en vue de la Coupe du monde 2010. Mais il est éjecté au profit de Stephen Warnock, qui réalise la saison de sa vie à Aston Villa. Un coup dur ? Même pas pour Baines, alors âgé de 25 ans, qui estime préférable pour lui de rester en Angleterre. "J'ai toujours trouvé difficile d'être loin de chez moi. Même quand j'étais ado, ", dit-il à l'époque, plein de candeur.

Malgré l'arrivée de Roy Hogdson à la tête des Three Lions, l'ordre de préférence au back gauche ne change pas: Ashley Cole reste le chouchou à ce poste. Barré par le défenseur de Chelsea, Leighton Baines doit se contenter de bribes de matches... ou de rencontres face à des équipes faibles. Sélectionné pour l'Euro 2012, il ne joue pas une seule minute. Tout comme lors des deux premiers matches de qualifs pour le Mondial 2014. Mais il profite des absences de Cole pour prouver qu'il possède lui aussi la stature d'un international. Toutefois, quand le boss est de retour, Baines doit s'effacer. Pas le choix, le bel Ashley prend trop de place. Paradoxal pour un type d'1,72m.

Mais son rival se fait vieux. A 32 ans, l'ex de Cheryl ne devrait plus faire de vieux os au sein de la team nationale. Que les Anglais ne paniquent pas. Quand Cole aura raccroché les crampons, leur couloir gauche sera toujours solidement gardé. Par un petit gaillard de Kirkby, qui portera peut-être un maillot rouge comme les flammes de l'enfer. Celui d'Old Trafford.

Aurélie Herman

15:18 Écrit par tackle on web dans ANGLETERRE, PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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