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20/07/2013

Mikel Arteta, le patient anglais

Barré par les Xavi, Iniesta, Busquets et autres Fabregas, Mikel Arteta ne goûtera sans doute jamais à la Roja. Retour sur le parcours d'un joueur d'une rare élégance qui ne sera jamais prophète en son pays.


Mikel Arteta est peut-être le joueur le plus poissard de sa génération. Doté d'une vision panoramique, racé, doué techniquement, l'Espagnol est un véritable plaisir à voir jouer. D'une élégance rare sur le terrain, le médian enchante les supporters d'Arsenal depuis bientôt 2 ans. 

Malheureusement pour lui, il reste un second couteau pour ses propres compatriotes. Et pour cause, il n'a jamais été sélectionné en équipe nationale. Un véritable affront pour un tel footballeur. Mais malgré l'évidence, ni José Antonio Camacho, ni Iñaki Saez, ni Luis Aragonès, ni Vincente Del Bosque n'ont accordé sa chance au Basque. À 31 berges, le natif de San Sebastian a sans doute définitivement rangé ses espoirs nationaux au placard. Un constat d'une tristesse infinie quand on analyse la trajectoire d'Arteta. 

Le profil parfait pour le Barça 

Né à San Sebastian le 26 mars 1982, Arteta choisit le club d' Antiguoko, un club satellite de la Real Sociedad, pour faire ses gammes. Mais contrairement à son pote Xabi Alonso, il ne poursuivra pas son écolage chez le grand frère. Pour lui, l'avenir se situe à Barcelone. Normal quand on possède des épaules de serpent... A 15 ans, il déboule donc à La Masia, l'usine à champions du club catalan. Au Camp Nou, il côtoie notamment Xavi Hernandez et Andrés Iniesta. Un comble étant donné que ce sont exactement ces deux joueurs qui l'empêcheront plus tard de porter le maillot rouge de l'équipe d'Espagne. 

Intégré à l'équipe B en 1999, il y reste 3 ans. Trois années au cours desquelles il attend patiemment sa chance. Lorsque Pep Guardiola, alors le king au poste de 6, se blesse gravement, l'espoir étreint Arteta. Il a enfin l'occasion d'exprimer son talent dans le temple du foot européen. Malheureusement, il est doublé par son ancien pote Xavi, déjà adoubé par Van Gaal comme digne successeur du Pep. 

"C'était une situation difficile", confie-t-il à As, en novembre 2012. "A ce moment-là, j'avais 17 ans et Luis Fernandez m'a appelé pour que je joue au PSG. Le lendemain, j'étais dans un vol vers Paris." 



De l'ombre à la lumière à Paris 

Ce prêt au PSG sonne comme le début d'une prometteuse carrière pour Arteta. Enfin, l'Ibère a l'occasion de se faire une place au soleil dans un club. Une équipe qui ne ressemble que très peu au team bling-bling qu'il deviendra en 2012. Raison de plus pour le nouveau venu d'espérer. Las, son temps de jeu est réduit à peau de chagrin lors de sa première saison: une petite dizaine de matches (et un but), à peine. 

Pourtant, on ne peut pas dire que la concurrence au milieu du terrain soit très rude. Pour un Ronaldinho et un Jay-Jay Okocha, on déplore un Fabrice Abriel, un Selim Benachour, un Hugo Leal et sur l'inénarrable Vampeta. Bref, il y a de la place au sein du 11 de base parisien version nouveau millénaire. Sa 2e et déjà dernière saison au Parc des Princes se déroule nettement mieux. Il marque son territoire et découvre la Ligue des Champions. Une première "vraie" saison chez les grands réussie qui lui vaut une nomination au titre de Meilleur joueur de Ligue 1. Et d'attirer le regard des Glasgow Rangers. 

En gros manque de liquidités, Barcelone, à qui Arteta appartient toujours, n'hésite pas et cède son espoir aux Ecossais. Totalement pris de vitesse, le PSG, lui aussi sommé de combler un gros déficit financier, ne peut s'aligner sur la proposition venue d'Ibrox Park. Au grand dam des dirigeants de l'époque, la révélation parisienne de cette saison 2001-2002 file...à l'écossaise de l'autre côté de la Manche. Pour le meilleur. 


New rules, great foot 

A Glasgow, l'Espagnol, alors âgé de 20 ans à peine, peaufine son art. Il relaie, il relance, il distribue, il récupère. Il est au four et au moulin. Aussi, il découvre un autre football. Habitué aux arabesques espagnoles et à la tactique stricte à la française, il fait connaissance avec le jeu physique des îles britanniques. Pas évident pour un gringalet de 1,76m pour 64 kg. Et pourtant ! Bien campé sur ses quilles, bien aidé par une technique de haut vol, il s'en sort parfaitement et déjoue les pièges tendus par ses adversaires. Il s'offre même le luxe de planter 8 buts. Pas mal pour un médian déf'

Surtout, il inaugure son palmarès. En 2 ans passés en Écosse, il remporte le championnat, la Cup et laLeague Cup. Des titres à la valeur relative, étant donné qu'à cette époque, la compétition est surtout dominée par les Rangers et leurs rivaux du Celtic. Qu'importe, ces succès lui permettent de retrouver laChampion's League. Après cette expérience sous la houlette d'Alex McLeish, Arteta veut réaliser son rêve: réussir sur ses terres basques. Il revient donc au bercail, à la Real Sociedad, où il rêve de former un duo de médian d'enfer avec Xabi Alonso, son ami d'enfance. 

Encore signé pas de pot, alors que Mikel revient au pays, Alonso le quitte pour Liverpool. De plus, ce retour à San Sebastian est la seule anicroche dans la carrière en club du joueur. Une poignée de matches au compteur, un jeu qui ne fonctionne pas et surtout une piètre 14e place en Liga. Pas fou, Arteta quitte le navire et s'envole pour Liverpool. Mais contrairement à son ami Alonso, il part chez les voisins d'Everton. Un coup dans le mille. 

 

 


Toffee adoré

Mais quel est le secret d'Arteta pour ne quasiment jamais se planter de club ? Peut-être une patience à toute épreuve. Plutôt que de céder aux sirènes de clubs huppés mais hors de portée pour un jeune, l'Espagnol construit sa carrière pas à pas. Alors que son meilleur copain file chez les légendaires Reds, lui se contente d'un casier dans le vestiaires des Toffees

Dès sa première saison, sa capacité de distribution et de récupération plaisent aux supporters. Ceux-ci adorent leur nouvelle pépite et le lui prouvent en le sacrant meilleur joueur du club, deux saisons d'affilée.En 2006-2007, il franchit un cap en étant élu meilleur médian de Premier League par les téléspectateurs de Sky Sports. Normal, quand on jette un œil à ses stats: 35 matches joués, 9 buts marqués, 12 assists. Des chiffres royaux qu'il réitère 3 saisons et demi durant. Car en 2009-2010, il se blesse gravement. Ligaments du genou abîmés, le verdict est sans appel: Arteta en a pour des mois.

Soutenu à 100% par le club et ses fans durant toute sa revalidation, il décide de rester, comme pour remercier tout Goodison Park de ne pas l'avoir laissé tomber. "J'ai réalisé à quel point j'étais important pour le club et à quel point ce club était important pour moi", déclare-t-il sur le site d'Everton. "Les dirigeants voulaient que je reste à 120% et cela m'a rendu fier". Bref, Mikel Arteta a le sens des valeurs. Pas question de se vendre au plus offrant à la première occasion. Il finira tout de même par quitter Liverpool pour Londres après deux nouvelles saisons de bonne facture. S'il ne remporte aucun titre à Everton, il repart avec la sensation du devoir accompli et avec l'admiration des supporters toffees



Arsenal, enfin un club à la mesure de son talent

Eté 2011 à Arsenal. Cesc Fabregas se tire, frustré de ne jouer que les accessits avec les Gunners. Arsène Wenger accepte la décision de son protégé. Normal, il a déjà une solution de rechange: Mikel Arteta. Lequel ne se fait pas prier pour remplacer son compatriote à l'Emirates Stadium. Après des années passées au sein d'un club familial et sympathique, le médian de 29 ans a hâte que "les choses sérieuses" reprennent. À Londres, il a enfin l'occasion d'évoluer dans un top-club européen et de retrouver sa chère C1. 

Il s'inscrit parfaitement dans le collectif du  coach français. Dans le 4-3-3 prôné par l'Alsacien, il occupe naturellement le poste de relayeur au milieu du terrain. Bien aidé par Jack Wilshere, Santi Cazorla et Aaron Ramsey au cours de ces deux dernières saisons, Arteta justifie directement les 11 millions d'euros placé sur sa tête gominée. 

Comme à Paris, comme à Glasgow, comme à Everton, il montre qu'il a faim de football et joue les courroies de transmission à longueur de matches. Box-to-box par excellence, il remplace à merveille le Camerounais Alexandre Song, parti à... Barcelone, au poste de n°6. Une mission à laquelle il n'était pas habitué, mais dont il s'acquitte sans broncher... et sans problème. Comme dans ses précédents clubs, il gagne l'amour de son public. Une cote d'amour qui n'a pas baissé depuis son arrivée.


La Roja, une énorme tache couleur sang 

Paradoxalement, le seul endroit où Mikel Arteta n'est pas parvenu à faire l'unanimité, c'est au sein de sa  propre patrie. Flop au Barça, flop à la Real Sociedad, et aucune cape à son palmarès. Comme une erreur informatique, son compteur reste irrémédiablement bloqué à 0. Sélectionné dans toutes les catégories d'âge, la porte des A se ferme devant lui. 

La faute à une fuite à l'étranger trop précoce, qui l'a éloigné du champ de vision des sélectionneurs successifs. La faute à Ruben Baraja, à Xavi, à Iniesta, à Marcos Senna, à Sergio Busquets, à Xabi Alonso, à ces joueurs un poil plus talentueux, plus chanceux, moins discrets que Mikel. Car c'est peut-être son seul défaut: il fait tout très bien, mais ne dispose pas d'une arme fatale. Il ne possède pas la qualité de passe d'Iniesta, ne sait pas aussi bien diriger le jeu vers l'avant que Xavi, n'est pas aussi intransigeant qu'Alonso devant la défense. 

Gentleman absolu du foot anglais, sa discrétion lui joue également des tours. Jamais il ne lève la voix. Il ne criera pas à l'injustice quand Marcos Senna, certes auteur d'une belle saison à Villareal, lui piquera la place à laquelle il aurait pu prétendre à l'Euro 2008. L'avènement de jeunes comme Javi Martinez (24 ans) et Juan Mata (25 ans) lui bloqueront sans doute à jamais l'accès au Graal international. 

À son arrivée à Arsenal, le joueur gardait espoir. "Pour une raison ou une autre, ça n'est jamais arrivé", déclarait-il à l'époque. "Mais je vais continuer de me battre pour ça car représenter mon pays me tient vraiment à cœur. Le niveau de la sélection est incroyablement élevé, je sais combien ce sera dur pour moi. Mais l'exposition internationale d'un club comme Arsenal peut m'aider. Cela dépend de moi, si j'arrive à faire de belles choses à Londres, j'aurai peut-être ma chance". Pas sûr que deux ans plus tard, il tienne le même discours. À 31 ans, les jeux sont faits, Mikel Arteta ne sera jamais international. Et sa tentative d'intégrer l'équipe nationale anglaise (il obtient la double nationalité en 2010, mais la FIFA lui interdit de porter le maillot des Three Lions, à cause de ses sélections chez les jeunes ibères) ne fonctionnera pas non plus.

Héros hors de ses frontières, méconnu au pays, le carrière de Mikel Arteta peut se résumer par 3 mots: paradoxe, injustice, classe. Heureusement pour lui, les connaisseurs ne retiendront que le dernier...

10:48 Écrit par tackle on web dans ANALYSE, ANGLETERRE, ESPAGNE, PORTRAITS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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