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24/06/2013

Le Brésil peut-il gagner "sa" Coupe du Monde ?

170867009.0_standard_352.0.jpgAnnoncé malade à un an de la Coupe du monde, le Brésil était attendu de pied ferme à l'occasion de la Coupe des Confédérations. Premiers de leur groupe avec 9 points et une belle victoire 4-2 contre l'Italie, vice-championne d'Europe, les Auriverde, emmenés par un Neymar séduisant, sont désormais regardés d'un autre oeil. Mais peut-on pour autant les considérer comme des favoris au titre mondial sur leurs terres ? Analyse.


En 270 minutes, tout a changé. Trois victoires ont suffi à effacer des doutes qui se trainaient depuis quatre ans à l'ombre du Christ Rédempteur qui surplombe Rio, ses favelas et ses plages paradisiaques. Aujourd'hui, le Brésil en est sûr : sa sélection auriverde est prête à marcher sur la planète du ballon rond à l'occasion du Mondial qui aura lieu sur ses terres l'été prochain. Réaliste? Nombreux sont les analystes qui abondent dans ce sens. Et mettent ainsi la charrue alors qu'ils n'ont pas encore sorti les bœufs de leur prairie. Les progrès sont là, mais le Brésil est encore loin d'être l'épouvantail de son Mondial. 

L'effet Scolari

 
Voyage dans le temps, direction novembre 2012. Quelques jours après le licenciement de Mano Menezes, sélectionneur sans couronne après deux années de règne, la fédération brésilienne confie les clés de la Seleçao à Luiz Felipe Scolari. Excellent choix. L'homme à la moustache est le dernier à avoir mené le Brésil au titre suprême lors du Mondial 2002, en parvenant à faire ce que ses deux prédécesseurs n'ont jamais réussi: mixer le fameux Joga Bonito et l'organisation à l'européenne.
 
Sous Dunga, le Brésil avait laissé de côté ce Joga Bonito qui fait partie intégrante de l'âme auriverde. Le capitaine du Brésil version 1994 avait bâti une équipe solide, mais sans génie. Une équipe que le peuple brésilien détestait voir jouer, mais une équipe qui gagnait, au point de faire figure de favorite lors du dernier Mondial. Une défaite contre les Pays-Bas plus tard - avec un but de la tête de Wesley Sneijder, il faut le faire ! - la Seleçao quitte l'Afrique du Sud dès les quarts de finale, et Dunga est remplacé par Mano Menezes, chargé de ressuciter une sélection privée de son ADN de beau jeu. Objectif : le Mondial 2014.
 
D'emblée, Menezes confie les clés du jeu à la jeune génération, celle qui évolue toujours au Brésil. Une nouvelle équipe emmenée par un certain Neymar, nouvelle pépite du football auriverde. Mais la greffe ne prend jamais. Trop fou, pas assez rigoureux, ce Brésil enchaine les désillusions, et la défaite en finale des derniers Jeux olympiques face à un Mexique réaliste sera la goutte d'eau qui fera déborder le vase en novembre dernier. Retour aux sources donc, avec Scolari aux manettes.
 
Neymar, star de Youtube devenue star des terrains
 

Après un départ difficile, la Seleçao de celui que le pays surnomme Felipao semble enfin trouver son rythme de croisière. Quatre victoires de rang à domicile pour faire chauffer ce mois de juin 2013, contre des adversaires comme la France, le Japon, le Mexique et l'Italie, avec un Neymar de gala comme dénominateur commun.
 
Victime de quolibets lors de sa signature au Barça, flingué par des analystes qui le taxaient de "joueur juste bon à faire rêver les footix sur Youtube", le virevoltant ailier de Santos plante trois buts en trois matches lors de la phase de poules de la Coupe des Confédérations, comme un message à toute l'Europe: "J'arrive, et je suis prêt".
 
Mis à part cet assist génial contre le Mexique, on n'a pas vu les dribbles youtubesques et les inventions géniales de Neymar Junior. Par contre, on a admiré un joueur qui va droit au but, percute à souhait et enchaine les frappes chirurgicales qui font souvent mouche.
 
La question n'est donc plus celle de son adaptation. Par contre, on peut se demander si le Brésilien n'aurait pas dû postposer d'un an son exil européen. Neymar, c'était l'inconnue, un joueur qu'on voyait évoluer par fractions de vingt secondes, l'espace d'un dribble génial ou d'un slalom entre les défenses brésiliennes. Neymar posait beaucoup de questions, et cette saison en Europe va apporter beaucoup de réponses. Tous les sélectionneurs vont voir évoluer chaque semaine la nouvelle star du FC Barcelone, et le numéro 10 brésilien va perdre en imprévisibilité. Son explosion lors de la Coupe des Confédérations, c'est un an plus tard qu'elle aurait dû avoir lieu.
 
 
Des artistes et des salopards

 
Neymar s'occupe donc, en grande partie, du volet Joga Bonito du jeu brésilien. Bien aidé par les latéraux volants que sont Marcelo et Dani Alves, défenseurs capables de traverser tout le terrain pour planter une banderille au fond des filets comme de véritables attaquants. Mais ça, c'était déjà le cas du temps de Menezes. C'était surtout la rigueur défensive qui posait problème.
 
Problème en grande partie résolu par Scolari. Felipao a donné les clés de l'organisation défensive àThiago Silva. Celui qui est sans doute le meilleur arrière central du monde peut compter sur une garde rapprochée prête à mordre le ballon, et même les chevilles de l'adversaire sans trop de scrupules. Il y a bien sûr Luiz Gustavo, le médian ratisseur du Bayern, pièce-maitresse d'un entrejeu brésilien qui peut alors laisser les Hernanes et Oscar tracer les grandes lignes du jeu offensif de la Seleçao.
 
Surtout, il y a David Luiz. Le sosie non-officiel de Tahiti Bob a autant de vice dans son jeu que de cheveux sur le crâne. Le salopard en chef, c'est lui. Des coups dans les chevilles, des attaques sur l'homme à peine voilées, et toujours ce sourire dégueulasse, trahissant sa fierté d'échapper dans la plupart des cas à la sanction cartonnée. Avec le chevelu au cœur de la défense, finis les cadeaux et les interventions qui privilégient le geste au résultat. Luiz fait plus dans la boucherie que dans la dentelle, mais a rendu à l'arrière-garde auriverde une solidité qu'elle avait perdue. Pour le Joga Bonito, faudra faire sans lui, par contre.
 
Attention à l'euphorie

À un an du Mondial, le Brésil a donc tout de l'épouvantail en puissance. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Les victoires ne doivent pas faire oublier les absences défensives sur les deux buts italiens, et notamment les latéraux aux abonnés absents sur l'égalisation de Giaccherini. La réussite insolente deFred, buteur ressorti de nulle part, contraste avec l'invisibilité d'un Oscar porté aux nues depuis son doublé face à la Juve, mais qui ressemble de plus en plus à un 10 surcoté dans la lignée des Diego et autre Ganso. Autre crack présumé, le puissant Hulk n'a jamais convaincu dans les rencontres de gros calibre, et est sans doute le maillon faible du triangle offensif auriverde. Un peu court pour gagner un Mondial.
 

 
Alors oui, les récentes victoires ont enflammé le Brésil, et les millions de fans de la Seleçao à travers le monde dans son sillage. Mais il ne faut pas oublier que la France jouait sans Ribéry, et que l'Italie était privée de deux joueurs aussi importants que Pirlo et De Rossi. Avec ces deux-là dans l'équipe, ça n'aurait sans doute pas été la même histoire. Oui, le Brésil impressionne, mais il n'a pas encore rencontré une grande nation au top de sa forme. La finale annoncée face à la Roja devrait donner plus d'indications quant aux chances brésiliennes, même si Vicente Del Bosque expérimente beaucoup depuis le début de la compétition.
 
Enfin, même en cas de victoire finale, une statistique devra inciter la Seleçao à la prudence : le Brésil a remporté la Coupe des Confédérations à trois reprises depuis sa création. En 1997, en 2005 et en 2009. À chaque fois, les Auriverde avaient fait très forte impression un an avant un Mondial dont ils devenaient les favoris. Bilan : une finale perdue en 98, une défaite en huitièmes en 2006 et une désillusion dès les quarts en 2010. Et franchement, le Brésil actuel n'est ni plus impressionnant, ni plus conquérant que ceux de ces années-là. 
 
Équipe à suivre, oui. Mais favori, c'est clairement prématuré.
 
G. Gautier

15:22 Écrit par tackle on web dans ANALYSE, International, MONDIAL 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | Pin it! | |  Facebook

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